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  Schoenstatt : Textes

Le Document de Fondation du 18 octobre 1914

ANNEXE III DOCUMENT DE FONDATION
Le 18 octobre 1914, le Père Kentenich et une vingtaine de grands élèves du Collège de Schoenstatt, membres de la Congrégation mariale, se réunissent, pour la première fois, dans la petite chapelle médiévale du vallon, mise à leur disposition. Depuis deux ans et demi, la guerre fait rage en Europe.
L'allocution que le Père Kentenich adresse, en ce début d'année scolaire, à ses élèves, est considérée comme la charte de fondation de l'œuvre de Schoenstatt.


Programme :
Accélération du progrès de notre sanctification et, dans ce but, transformation de notre petite chapelle en un lieu de pèlerinage.
- Tout d'abord je vous accueille à nouveau, après une longue séparation, avec la belle salutation: «Nos cum proie pia benedicat Virgo Maria.» Pour la première fois cette devise de notre Congrégation résonne en ce lieu. Qu'elle continue à résonner, à retentir à travers les temps à venir.
- Père, mère et enfants se réjouissent quand ils peuvent emménager dans leur propre maison, même si celle-ci est modeste et pauvre par comparaison avec le bel appartement de location qu'ils viennent de quitter.
La pensée: «Cette maison nous appartient», compense largement tout autre avantage. Cette pure joie familiale, nous pouvons également la goûter aujourd'hui. La modeste chapelle que voici appartient à la petite famille de notre Congrégation à la tête de laquelle règne notre Mère céleste. Elle nous appartient entièrement, rien qu'à nous. C'est sans envie que nous laisserons à d'autres la belle chapelle de l'établissement, notre appartement de location jusqu'à présent. Nous nous réjouissons, et cette joie ne nous sera enlevée par personne. En plus de cette joie, nous ressentons aujourd'hui également un sentiment justifié de fierté, qui fait battre nos cœurs plus fort. En effet, ce sanctuaire, qui de mémoire d'homme a été plus ou moins laissé à l'abandon, qui est resté désert et vide, a été restauré à notre instigation et offert à la Mère de Dieu. Au moins depuis que les Pallottins s'activent ici, ces murs n'ont pas été ornés comme ils le sont aujourd'hui. Pouvons-nous reconnaître en ce fait réjouissant une préfiguration du futur développement de notre jeune Congrégation ?
- Oh certes, quelle œuvre sublime - digne de l'effort et de la peine des âmes les plus nobles -, ne serait-ce pas» si nous autres, les membres de notre Congrégation, nous réussissions à implanter dans notre  Institution, à un  degré inconnu jusqu'ici, un fervent amour de Marie et un idéal de la vertu vécu par des étudiants.
- Pourquoi donc m'exprimé-je avec tant d'hésitation et de retenue? Aurais-je perdu confiance en vous? Certes, il ne reste que les décombres de notre Congrégation florissante. Mais bientôt surgira des ruines une vie nouvelle. Votre fidèle collaboration, Tan dernier, et le véritable esprit mariai que vous avez adopté, en sont une garantie. Plus d'un idéal a bien pu s'effriter durant les vacances, dans la fumée et la poussière du quotidien ; plus d'un principe, que nous avons adopté en cours d'année, et que nous tenions pour inaltérable, a pu ne pas résister à l'épreuve de la vie pratique. Mais une chose nous est restée, j'en ai la certitude : c'est la conviction qu'un membre authentique de la Congrégation ne saurait être dissocié de la vraie grandeur morale et religieuse propre à notre état. Et comme ce fut le cas à la fin de l'année scolaire passée, nous sommes animés aujourd'hui également par la volonté de vaincre, afin de réaliser l'idéal de notre Congrégation. Non, mes chers amis, je n'ai pas perdu confiance en vous. Je sais qu'en construisant sur ce que nous avons réussi à faire jusqu'à
présent, nous allons réaliser de grands progrès cette année, conformément aux résolutions prises l'an dernier.
- Cependant le développement progressif de la grâce de notre vocation, et le degré plus élevé de l'esprit d'apostolat qui en découle, n'est pas ce que je voudrais vous fixer comme but. Chacun d'entre nous doit atteindre le plus haut degré possible de la perfection et de la sainteté propres à notre état. Ce n'est pas simplement un grand, ou un plus grand objectif, mais le plus grand objectif que nous devons viser dans nos efforts. Vous comprendrez que je n'ose présenter une exigence aussi extraordinaire qu'en terme d'un humble souhait.
- Mais si vous voulez connaître la source de ce souhait, vous me permettrez de vous révéler une pensée secrète, qui m'est très chère.
- Quand Pierre vit la splendeur de Dieu sur le Thabor, il s'écria avec ravissement: «II est bon d'être en ce lieu. Dressons trois tentes ici-même ! » Cette parole me revient sans cesse à l'esprit. Et souvent je me suis posé la question : Ne serait-il donc pas possible que la petite chapelle de notre  Congrégation  soit  également  notre  Thabor,   sur lequel se révélerait la splendeur de Marie? Il n'y a pas de doute que nous ne pourrions pas accomplir un plus grand acte apostolique, ni transmettre à nos successeurs un héritage plus précieux, qu'en amenant notre Souveraine à dresser ici, d'une manière particulière, son trône, pour y distribuer ses trésors et y accomplir les merveilles de la grâce. Vous devinez quel est mon but. J'aimerais que cette chapelle devienne un lieu de pèlerinage, un lieu de grâce pour notre maison, pour toute la province allemande, peut-être même au-delà. Tous ceux qui viendront ici, pour prier, qu'ils éprouvent la splendeur de Marie et déclarent : «II est bon d'être ici. Dressons-y nos tentes; c'est ici qu'est notre place favorite!» Une pensée audacieuse, presque trop audacieuse pour le public, mais non pas pour vous-mêmes. Que de fois dans l'histoire du monde, le petit, l'insignifiant n'a-t-il pas été la source de grandes, de très grandes choses. Pourquoi cela ne se produirait-il pas en ce qui nous concerne? Quiconque connaît le passé de notre Congrégation, celui-là n'a aucun mal à croire que la Providence divine la destine à quelque chose de particulier.
- Tandis que j'exprime ces choses, chers membres de notre Congrégation, je sens que j'ai trouvé le ton juste. Vos cœurs ont pris feu. Vous avez adopté mon plan, et vous l'avez fait vôtre. C'est plein de confiance que je le place entre vos mains pour sa réalisation ; je n'hésite pas à l'inscrire dans notre chronique. Les générations futures pourront nous juger. Atteindrons-nous notre but? Pour autant que cela dépende de nous - et je ne le dis plus en hésitant ou en doutant, mais avec une pleine assurance - pour ce qui est de nous, mes chers amis, rien ne sera laissé de côté. Comme la chapelle de la Mère de Dieu le fut pour saint Aloyse, notre second patron, de même la chapelle de notre Congrégation doit devenir le berceau de notre sainteté. Et cette sainteté fera une douce violence à notre Mère céleste, et l'amènera du Ciel vers nous.
- Cela se produisit il y a plus de cinq siècles. Dans une guerre sanglante, Anglais et Français s'entre-déchiraient. Voici que la France est sur le point d'être anéantie. Au même moment, une jeune fille française, une simple villageoise, en une prière fervente, supplie la Mère de Dieu de sauver son roi. Soudain, l'archange Michel lui apparaît et lui dit: «Celle que le grand Dieu reconnaît comme sa Mère m'a demandé d'aller vers toi et de t'annoncer que tu dois saisir l'épée, entourer ton corps d'une cuirasse et prendre la défense de la justice. Tu libéreras la ville d'Orléans de l'ennemi et tu conduiras le roi à Reims, pour le faire couronner. Dans l'église Sainte-Catherine de Fierbois derrière l'autel est enterrée une épée : fais-la chercher et ceins-toi d'elle.»
- La jeune fille s'appelait Jeanne d'Arc; elle est connue dans l'histoire sous le nom de Pucelle d'Orléans. Pie X l'a béatifiée en mai 1909. J'ai l'impression que Notre-Dame, en ce moment-même, ici dans la vieille petite chapelle de Saint-Michel,   s'adresse   à   nous   par   la  bouche   de l'Archange :
- «Ne vous faites pas de souci quant à la réalisation de votre souhait. Ego diligentes me diligo. J'aime ceux qui m'aiment. Prouvez-moi d'abord que vous m'aimez vraiment, que vous prenez votre résolution au sérieux.
C'est  pour vous  la  meilleure  occasion  maintenant. D'après le plan de la Providence divine, la grande guerre
européenne doit concourir, d'une façon extraordinaire, à l'œuvre de votre propre sanctification. Je vous demande cette sanctification. Elle est la cuirasse que vous devez mettre, l'épée avec laquelle vous devez libérer de ses puissants ennemis votre patrie, et placer celle-ci à la tête du vieux monde '. »

Ce texte du 18 octobre 1914 constitue le document de base de la création du Mouvement de Schoenstatt.

Cependant le processus de fondation du Mouvement s'est poursuivi pendant une trentaine d'années.

Deux autres textes du Père Kentenich sont également considérés comme faisant partie des actes de fondation. Le premier est un long manifeste que le Père Kentenich a adressé le 18 octobre 1939 au Mouvement de Schoenstatt, à l'occasion de son 25e anniversaire, depuis la Suisse, où il prêchait une retraite, alors que la seconde guerre mondiale venait d'éclater six semaines plus tôt. Ce manifeste représente le «deuxième acte de fondation» de Schoenstatt.

Le troisième acte de fondation est constitué par les allocutions que le Père Kentenich a prononcées clandestinement, dans le camp de concentration de Dachau, les 24 septembre, 18 octobre et 8 décembre 1944.

Les trois actes de fondation figureront in extenso dans l'ouvrage en préparation sur la spiritualité de Schoenstatt.

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Qu’est-ce que l’alliance d’amour, d’après des textes du Père Kentenich.

« Qui se donne et se consacre à la Mère de Dieu, peut espérer une bénédiction divine sans mesure. » J. Kentenich

« La consécration à Marie est comme une alliance d'amour, entière et réciproque, conclue entre la Mère de Dieu et nous. Les deux partenaires de cette alliance sont, d'une part, la sainte Mère de Dieu en tant que notre Mère et notre Reine et, d'autre part, nous-mêmes en tant que ses enfants. De par cette consécration, les deux parties se donnent l'une à l'autre pour toujours dans un amour mutuel entier et sans retour.
La consécration à Marie implique l'échange mutuel total des coeurs, des intérêts et des biens.



Echange mutuel des intérêts

En vertu de l'alliance d'amour qui est ainsi conclue, je fais miens les intérêts de Marie et elle fait siens mes intérêts.
Nous affirmons cet échange lorsque nous disons à la fin de la prière de consécration «O ma souveraine, ô ma mère, je m'offre tout à toi» ... «Et puisque je t'appartiens, ma Mère, garde-moi et défends-moi comme ton bien et ta propriété.»
Les intérêts de la Mère de Dieu, nous les connaissons bien. Comme son être entier, sa vie et son action sont totalement ordonnées au Christ, à sa personne et à sa mission. Elle n’existe que par et pour cette volonté : il n'y a pas pour elle d’autre raison d'être. Voilà pourquoi elle est, exclusivement et à tout jamais, vouée aux intérêts, au souci de l'action du Christ pour l'édification du Royaume de Dieu.
Par la consécration nous sommes, autant que cela est possible, intégrés à ce monde des valeurs du Royaume : nous qui pourtant sommes constamment exposés aux dangers que présentent les conditions de notre temps, qu'il s'agisse de succomber à l’esprit de ce monde, à l'argent, au matérialisme.
Grâce à Dieu - c'est vraiment l'expression qui s'impose et que nous avons le droit d'utiliser ! - la Mère de Dieu assume pour
nous notre responsabilité en vertu de l'alliance conclue avec elle. Désormais nous lui remettons tous nos soucis, qu'ils concernent notre santé ou des problèmes d'argent, des questions d'ordre spirituel ou religieux, des situations tant individuelles que collectives. En vertu de cette consécration, c'est elle qui assume pleine coresponsabilité avec nous. Cela vaut aussi et dans une mesure toute spéciale dans le domaine de l'éducation, qu'il s'agisse de la nôtre ou de celle des autres.
Comment la Mère de Dieu assume-t-elle comme siens nos véritables intérêts? Elle le fait en toute gratuité par la force de l'alliance conclue entre elle et nous. Dès lors, elle nous aide à nous libérer des chaînes du péché. Elle tempère les passions qui peuvent à tout moment s'emparer de nous. Elle nous assiste chaque fois que nous menace la sécheresse spirituelle. Elle nous prend par la main à notre dernière heure lorsque nous étreint la dernière angoisse devant les portes de l'au-delà. ' Elle ne nous abandonne pas durant notre temps de Purgatoire lorsque nous souffrons dans l'attente impatiente de voir Dieu.
Telle est l'action riche et multiple qui découle de l'Alliance d'amour comprise dans la consécration. Mais en plus elle est encore échange des biens et des cœurs.



Echange mutuel des biens

Les deux partenaires proclament ensemble : Ce qui est à toi est à moi ; ce qui est à moi est à toi. La Mère de Dieu nous offre tout ce qu'elle a : l'Enfant dans ses bras auquel elle a donné tout son amour. Elle le place dans notre cœur pour nous conformer à son image. Elle nous fait entendre l'«Ave», met sur nos lèvres le «Magnificat» et le «Voici la servante du Seigneur» (Lc 1,38). C'est dire qu'elle nous fait en tout semblables à elle. Elle mendie pour nous les langues de feu sur nos têtes qui nous font dire dans l’Esprit-Saint «Abba, Père!» (Ro 8,15). Elle nous montre les sept douleurs de son cœur, symboles des épreuves sans lesquelles nous ne pouvons être transformés et rendus semblables au Crucifié, acquérant en même temps par la souffrance la compréhension du sens de notre existence. La Mère de Dieu nous tend les bras de sa toute-puissance suppliante et nous rend capables de réaliser dans une totale confiance toutes les exigences de notre amour et de participer à sa «toute-puissance». Dès lors, pour répondre à son attente, nous nous mettons corps et âme à sa disposition personnelle et au service de sa mission. Nos yeux, nos oreilles, nos mains, bref tous nos sens, intérieurs et extérieurs, lui appartiennent. Elle n'a de cesse qu'ils ne deviennent des mains mariales, des oreilles mariales, des lèvres mariales au service du Règne de Dieu. Nous lui faisons don de nous-mêmes tout entiers, mais aussi de toutes les facultés du corps et de l'âme, y compris les mérites de nos bonnes actions. Jusqu'à nos biens terrestres que nous n'apprécions que par rapport à elle et dans le sens de sa vocation et de la nôtre !
La consécration nous libère de toute étroitesse de l'esprit et du cœur, de toute faiblesse et de tout égoïsme.
Celui qui s'est donné ou consacré à Marie par l'alliance d'amour demeure en permanence à sa disposition. Même si d'autres protestent, cette disposition reste inébranlable.



Echange mutuel de cœur et d'amour

L'échange mutuel des intérêts et des biens entre les deux partenaires de l'alliance, entre la Mère de Dieu et nous, ne devient efficace en profondeur et durable que s'il s'enracine dans un échange total et réciproque de cœur et d'amour.
C'est que l'amour est une énergie spirituelle qui unifie et rend semblable. L'amour vit d'une mutuelle transmission vitale. En réalité, la similitude de pensée et d'agir de ceux qui s'aiment n'est que le fruit visible et mesurable de leur unité spirituelle et de la fusion de leurs cœurs.
Le degré de notre amour détermine le degré auquel on est aimé. C'est pourquoi nous pouvons mettre sur les lèvres de la Mère de Dieu la parole contenue dans le troisième document de Fondation de Schoenstatt: «Ego perfecte me diligentes perfecte diligo» - J'aime à la perfection ceux qui m'aiment à la perfection.
Si j'aime Marie à la perfection elle m'aime dans la même mesure. Mais cela doit valoir aussi dans l'autre sens : que je m'efforce aussi d'aimer la Mère de Dieu au degré auquel elle m'aime et de l'aimer ainsi dans ma pensée et mon agir. C'est ainsi qu'apparaît la signification authentique de ce qu'il faut entendre par échange réciproque du cœur et de l'amour. Un cœur à cœur qui aboutit au même battement dans les deux cœurs : deux cœurs qui battent au même rythme jusqu'à ce que soit réalisée la fusion complète et durable des deux cœurs dans une réciprocité totale.
Nous en faisons souvent l'expérience : l'amour humain s'use avec le temps et cherche le changement. Tel un oiseau, le cœur humain aime aller de branche en branche ! Mais il n'en est pas ainsi chez Marie. Son amour est profond et éternel, semblable à l'amour divin lui-même. Un amour terrestre qui n'est pas pleinement vrai faiblit, se fane facilement et rapidement lorsqu'il y a absence physique, séparation. L'amour de Marie pour nous ne connaît pas cette faiblesse. Elle reste constamment proche de nous. Elle nous voit et nous aime en Dieu et pour Dieu, Lui qui reste éternellement immuable. Une affection terrestre se brise facilement lorsqu'elle n'est pas payée de retour. Mais l'amour de Marie est pur et désintéressé, elle ne se laisse pas détourner par l'ingratitude. Même la mort ne nous sépare pas d'elle. Elle est notre Mère et elle le reste. Elle nous accompagne avec tout son amour devant le Tribunal de Dieu pour y assurer notre défense, pour nous conduire heureux au Ciel ou pour être à nos côtés dans le Purgatoire et nous y aider de sa consolation.
Tel est le cœur qui nous est offert par l'alliance d'amour. Comprenons-nous maintenant tout ce que signifie la consécration à Marie comme alliance totale et réciproque, alliance d'amour et comme parfait échange des intérêts, des biens et des cœurs ? »

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