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« Se laisser aimer par le Christ. »

Communication du Père Pierre Vignon au Congrès de l'Amour Infini, à Rome,
en septembre 2004.
D"après les Œuvres complètes de la Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche.


La bien chère Sœur Marie-Madeleine Munier m’a demandé de vous parler sur ce très beau
sujet : « Se laisser aimer par le Christ » dans les œuvres de la Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche. Comme Louise-Marguerite le disait elle-même, « C’est un si beau et divin sujet qu’il faudrait une plume de séraphin pour l’écrire. » N’ayant pu me procurer une telle plume, j’ai décidé de lui laisser le plus souvent possible la parole.
Et, comme elle, je vous demanderai de pardonner mon mauvais italien.

« Tout ce que j’ai écrit, je l’ai fait dans la simplicité de mon cœur et devant Dieu. » nous révèle le Testament spirituel de la Mère. Et il faut tout simplement la croire. Aussi, c’est ce que nous allons faire, en la laissant nous enseigner elle-même. Nous nous rendrons ainsi beaucoup mieux compte de la profondeur et de la chaleur de sa parole.
Il faut préciser que le sujet étant des plus spirituels, nous aurons peu l’occasion de goûter l’humour de Louise-Marguerite, qui était grand. La hauteur de notre sujet pourrait nous induire à penser que cette religieuse était confite en dévotion, et pas très agréable à vivre. Il n’en est rien. On la lit avec plaisir. Sa plume est vive, légère, et primesautière. Quatre-vingt dix ans après l’événement, on apprend avec bonheur la façon dont le chat de Vische a pris un rat. Les traits d’esprit fusent tout simplement. « C’est encore un coup de l’Amour Infini » , s’écrie-t-elle quand l’une de ses premières compagnes réussit contre toute attente à sortir du couvent où elle se trouvait. « Voilà Jésus qui monte son ménage » , lorsqu’elle raconte à Marguerite Reynaud les premiers achats pour la chapelle de la fondation de Vische. Il faut prendre la mesure de cette joie de vivre avant d’écouter ses sublimes confidences.
Ayant cueilli dans ses écrits ce qui se rapportait à notre étude, le plan s’est simplement imposé de lui-même. Nous verrons donc comment Louise-Marguerite s’est laissé aimer par Jésus, comment nous devons nous laisser aimer, et comment les prêtres doivent se laisser aimer eux aussi.
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1. Louise-Marguerite se laisse aimer par Jésus

Il est important d'examiner le caractère de la jeune Marguerite de La Touche pour mieux comprendre ce qui a pu lui arriver dans la suite de sa vie. Marguerite est en effet un tempérament, une volonté et une éducation.

Par tempérament, Marguerite est une enfant très réfléchie, à l"intelligence profonde. Pour nous en convaincre, voyons comment elle réagit de la façon la plus équilibrée, alors qu’elle a dix ou onze ans, dans une situation des plus délicates pour son époque. En se préparant à la confession pour sa première communion, elle se trouve devant un cas de conscience. On la saisit toute entière, au naturel, dans la façon dont elle règle le problème. « Je voyais dans ma conscience quelque chose, un point, où je sentais une faute sans pouvoir la définir. On m’avait dit dans ma petite enfance qu’on trouvait les petits enfants dans les choux ; je l’avais cru longtemps ; puis, mon esprit naturellement observateur, avait fini par comprendre à peu près la vérité sur ce point ; or, je voyais en cela une certaine faute, mais laquelle ? J’aurais pu m’éclaircir auprès de ma mère, cela ne me vint pas même à la pensée ; je croyais que les choses de conscience ne se devaient manifester qu’au seul prêtre ; je ne croyais pas non plus qu’on pût porter à la confession un point qui n’aurait pas été bien clair, bien net et défini en peu de mots. Alors je me fis ce raisonnement : de savoir une chose vraie, une vérité, cela ne peut pas être une faute. D’ailleurs toutes les grandes personnes savent cette vérité-là et il n’est pas possible qu’elles soient toutes en état de péché pour savoir cela. De le savoir ce n’est donc pas un péché. Cependant puisqu’on ne le dit pas aux enfants, c’est donc qu’ils ne doivent pas le savoir. A cela il y a une raison qui doit être juste, quoique je ne la comprenne pas. Ma faute a donc été de chercher à savoir cette chose, qu’on ne voulait pas me dire pour quelque bonne raison ; cela c’était de la curiosité. Ce point bien éclairci je notai sur mon papier : je m’accuse d’avoir cherché à savoir et d’avoir su une chose qu’on ne juge pas à propos d’ordinaire de dire aux enfants. »

Même si cette page est écrite bien plus tard, et peut être entachée d’une certaine relecture, il n’y a pas de motif de penser que l’expérience qu’elle raconte est faussée. Une enfant de cet âge, à son époque, dans son milieu, manifeste des dispositions intellectuelles plutôt avancées. Et nous pouvons donner crédit au portrait qu’elle trace d’elle-même : « J’avais dès ce temps-là un cœur chaud, une âme ardente ; mais la divine Providence m’avait pourvue en même temps d’un certain genre d’esprit positif et tranquille, et mon tempérament quoique frêle et délicat, n’était point sujet à cette impressionnabilité nerveuse assez ordinaire aux jeunes filles et qui, à notre époque surtout, tend à se généraliser. »

Douée d’un tempérament équilibré que l’on retrouve tout au long de son œuvre, même quand elle est dans les états les plus sensibles, Marguerite a développé en elle une force de volonté impressionnante. « L’énergie, c’était la base de l’éducation maternelle. » Et cette éducation vient développer une tendance naturelle plutôt forte en elle. Lorsqu’elle rencontre le prêtre qui va la guider pour sa vocation, et qui lui réserve un accueil des plus déplorables, elle ne cède pas. « Pour moi, j’étais fort tranquille ; j’avais le sentiment que c’était la volonté de Dieu que je fusse sous la conduite de Monsieur Raymond et quand une fois j’avais vu la volonté de Dieu quelque part je ne me désistais pas facilement. Ma bonne mère me disait parfois que j’avais une tête de breton, une tête solide et dure comme les vieilles falaises bretonnes que la mer écumante bat depuis des siècles sans jamais les ébranler. » Ajoutons que l’éducation reçue dans sa famille ne portait pas particulièrement Marguerite vers la dévotion sensible. Elle le note à propos de sa première communion.

Marguerite est réservée et orgueilleuse. C’est un des éléments qui ressort du beau récit de son histoire d’amour lorsqu’elle se rappelle le vœu de virginité qu’elle a fait quelques temps après sa première communion : « La lutte fut atroce et dura toute la nuit ; la nature et la grâce se livrèrent en moi une de ces batailles sans merci, un de ces duels sanglants qui ne se terminent que par la mort !… Quand les premiers rayons du matin glissèrent entre mes volets, tout était fini. Jésus, mon Rédempteur et mon Maître, Jésus, mon divin bienfaiteur, qui m’avait choisie et attirée avec tant d’amour ; Jésus, le grand persécuté de tous les temps avait été encore, cette nuit-là, le grand Vaincu ! » Et quand cet amour s’effondre quelque temps plus tard, cela crée une immense déception et un très grand chagrin : « Je souffris vraiment à mourir et d’autant plus que je ne voulus découvrir ma plaie à personne. »

La jeune Marguerite n’a même pas fait attention à un événement de sa jeunesse qu’elle raconte fort bien et qu’elle saura identifier bien plus tard. La voix intérieure qu’elle entend alors qu’elle s’apprête, vers dix ans, à s’accorder une petite facilité pour un devoir qu’elle doit rendre, et qui fera qu’elle trichera un peu. C’est là une première touche spirituelle d’ordre mystique, mais elle n’y accordera aucune importance. Marguerite a la tête froide. Elle analyse de façon aiguë les événements, ses dispositions intérieures, les réactions des autres. Elle est toute de sensibilité et de finesse, mais elle n’est pas du tout sentimentale. En elle, aucune trace de sensiblerie féminine. Son caractère rationnel et posé, sa force de volonté naturelle développée par l’éducation reçue, et l’appartenance à un milieu fermé aux aspects sensibles de la foi ne la prédisposent en rien à la vie mystique. Marguerite est une jeune femme qui ne se laisse pas faire et à laquelle il ne faut pas en conter.

C’est donc une totale transformation qui va se produire en elle à l’occasion de ce qu’on appellerait aujourd’hui une effusion de l’Esprit-Saint. Cela se passe à Troyes, chez sa grand-mère : « … puis je pris la vie de Saint Louis de Gonzague et me mis à lire. A peine en avais-je lu quelques pages que je sentis une transformation soudaine s’opérer en moi ; une lumière très vive se répandit dans mon âme, tandis qu’une onction très douce pénétrait mon cœur et cicatrisait toutes ses plaies. Aux rayons de cette lumière divine, je voyais, comme dans un livre ouvert, les plans d’amour de Dieu sur mon âme : Il m’avait choisie dès l’enfance et m’avait séparée de la multitude des autres en me marquant au cœur du signe de la virginité ; Il avait veillé sur ma jeunesse avec une incomparable vigilance et au moment où je me tentais d’échapper à sa divine main, Il avait miséricordieusement brisé mon cœur plutôt que d’en perdre la souveraine possession… » Cet événement intérieur va être l’occasion de recevoir un nom nouveau, qu’elle va en même temps choisir, celui de Louise, en rapport avec saint Louis de Gonzague. Elle va devenir celle que nous connaissons et que nous aimons, Louise-Marguerite. Nous allons assister à la transformation. On peut dire qu’en elle, c’est Louise qui se laisse aimer par le Seigneur, et c’est Marguerite qui résiste.

Un enchaînement d’événements va alors la conduire peu à peu à apprendre à se laisser aimer. Se laisser faire, se laisser aimer, c’est quelque chose qu’on ne trouve d’ailleurs pas explicitement dans ses œuvres. On en trouve à toute page le contenu, mais la formulation précise n’en est faite que quelques fois, comme nous le verrons. L’emprise du Seigneur sur cette âme qui se donne à lui totalement dans la vie religieuse va devenir de plus en plus plénière. Cela va les conduire sur les voies de l’abandon total et entier.

Dès le début de son noviciat, en 1890, elle suit un chemin particulier, dans lequel le Seigneur met lui-même la main, au travers de petits événements conventuels, en apparence insignifiants, mais qui seront très sensibles à la jeune et ardente novice qui désire devenir une parfaite religieuse cloîtrée : « Le dimanche suivant, au moment du catéchisme, je m’approchai respectueusement de notre Maîtresse et lui demandai si elle voulait bien me permettre de l’entendre. « Non, non, ma Sœur, me fut-il répondu, je préfère que vous alliez au chœur ». Je m’en allai le cœur gros, et m’étant agenouillée devant le Saint Sacrement, je dis au Bon Maître : On ne veut rien m’apprendre ici ; mais Vous, mon bon Maître, instruisez-moi ! Il le fit, cet adorable Ami des âmes, d’abord par de discrètes lumières et des touches secrètes puis, plus tard par sa voix divine et les clartés intérieures si pénétrantes et si lumineuses dont il daigna favoriser son indigne et misérable servante. »

Dès le début de sa vie religieuse, Louise-Marguerite n’est pas une novice normale. Non seulement elle n’a pas de santé pour s’employer aux travaux du couvent, ce qui lui est une humiliation, mais elle ne rentre pas dans les cadres. Elle est déjà gratifiée d’une profonde vie d’union au Seigneur dans l’oraison, vie d’union qui s’adapte mal des principes rudimentaires donnés aux débutants. Il faudrait pouvoir citer ici les protestations de saint Jean de la Croix contre les méthodes de forgerons tapant à coups de marteaux sur des émaux délicats et artistiques au sujet des mauvais pères spirituels qui veulent absolument faire passer leurs dirigés par les principes communs. La maîtresse des novices, ne pouvant se douter de l’état spirituel de Louise-Marguerite lui inflige sans le savoir un véritable supplice. Elle lui fait dire devant la communauté le résultat de sa méditation. Elle qui en est à recevoir intérieurement les impressions divines doit alors se forcer à se créer un discours méditatif qui ne reflète en rien ce qui se passe dans son âme. Cette situation écartelait son âme, car au lieu de laisser agir le Seigneur, elle devait se mettre par obéissance dans un état de résistance intérieure.

Après sa profession solennelle le 17 octobre 1892, qui était la normalisation du vrai don d’elle-même qu’elle avait fait dans une maladie très grave quelques mois plus tôt, Louise-Marguerite commence à être prise en mains par le Seigneur. « Je travaillais au noviciat, une partie de la journée dans le silence et la paix. Jésus commença dès lors à me faire sentir sa présence d’une ineffable manière et mon cœur s’ouvrit à son amour avec une ardente avidité.
Je ne l’entendais ni ne le voyais, mais je le sentais présent, comme s’il se fût tenu devant moi, immobile et silencieux, caché par une tenture légère ; je le sentais vivre là, proche de moi et ses amabilités divines se manifestaient à mon âme et mon cœur allait à Lui, attiré par une invisible attraction… Jésus en prenant possession de mon âme devait faire jaillir cette étincelle [celle de la poésie] ».

Louise-Marguerite entre définitivement dans les voies de la mystique, et elle trouve un accueil sage auprès de ses supérieures. Elle fait le lien avec l’événement que nous avons évoqué et qui remonte à son enfance, alors qu’elle avait une dizaine d’années, où une voix lui avait parlé alors qu’elle s’apprêtait à tricher.

On a déjà parlé du don de clarification et de simplification que possède Louise-Marguerite. Dans le cahier des Tentations, écrit à la demande de son père spirituel, elle donne des précisions qui montrent l’acuité de son jugement. Elle compare l’action du démon à celle du Seigneur, telle qu’elle la ressent en son âme : « Cela ne se passe pas du tout comme lorsque je crois que c’est Notre-Seigneur qui me parle. Quand c’est Notre-Seigneur c’est dans une partie de mon âme très intérieure, tellement intime et profonde que c’est comme au centre de mon âme. Il me semble qu’il y a, dans ce centre de mon âme, un sommet très élevé dont l’extrême cime touche à la divinité et que, lorsque Dieu veut me communiquer quelque connaissance ou que Notre-Seigneur veut se manifester à moi, il vient à moi par cette cime et descend ainsi dans mon âme et y étant, il me fait alors entendre sa voix ou projette une certaine lumière dans laquelle je vois les choses qu’Il veut que je connaisse et toujours cela se passe avec une très grande paix, même quand il y a beaucoup de souffrance. Et quand il m’est arrivé d’avoir quelques vues comme du Visage de Notre-Seigneur une fois ; de son Sacré Côté percé ; de son Cœur divin ; ces vues m’ont été encore données dans cet intime de mon âme. Toutes les fois que ces vues ou d’autres semblables m’ont été données, ou lorsque Notre-Seigneur doit me parler, je suis toujours d’abord toute retirée au-dedans de moi-même et comme entièrement séparée de tout l’extérieur. Au contraire quand c’est le démon, il me semble que ce que j’entends vient de l’extérieur et les images impures qui me viennent se trouvent dans une partie de l’imagination très basse. Dans ces moments de tentation ou de tourment, il me semble que tout se passe autour de mon âme, et non dedans. »

Le Seigneur l’instruit en effet lui-même à l’intérieur, et c’est ainsi qu’elle apprend, sous forme de désolations et de consolations intérieures. Elle suit un intense chemin de purification intérieure, comme elle le note en date du 5 avril 1895. - « A l’oraison, ce matin, j’ai jeté par-dessus bord plusieurs choses qui me gênaient encore dans mon élan vers Dieu : de petites craintes et timidités humaines qui m’empêchaient d’écrire, de parler et d’agir selon mon sentiment intérieur. »

Tout ce travail mûrit en un voeu d’abandon qu’elle accomplit le 2 août 1895 : « Le 2 août, j’ai prononcé à la sainte messe le vœu d’abandon ; dans l’après-midi, étant devant le Très Saint Sacrement, il m’a semblé que Notre-Seigneur l’avait agréé, parce que cela lui donnera la liberté de mettre plus de Lui en moi. » Et c’est effectivement ce qui se passe. Le 26 septembre suivant, Louise-Marguerite emploie les mots de notre étude : « se laisser aimer ». Nous y sommes enfin. « … je sens qu’Il me veut plus passive qu’active dans l’amour ; plus libre pour recevoir qu’agissante pour donner ; d’autant que ce que je pourrais donner n’est rien et ne serait pas capable de contenter Dieu, tandis qu’il met son contentement à verser dans les âmes ce qui abonde en Lui. Aimer Dieu, c’est bien doux ; se laisser aimer par Lui, c’est quelquefois rude à la nature, mais Dieu a plus de plaisir à aimer qu’à être aimé. Il faut faire ce plaisir à Dieu de se laisser aimer par Lui et de rester immobile entre ses bras, prêt à tout recevoir, à tout faire, à tout subir. »

Au cours de cette année décisive dans l’évolution de sa vie spirituelle, nous avons une poésie qui est très proche de ce que peut écrire la jeune carmélite de Lisieux, inconnue à l’époque, et qui va mourir deux ans plus tard. En voici un extrait :

Divin enfant dans ta main je veux être
Comme un jouet ;
Tu peux me prendre, O mon cher petit Maître,
Pour ton hochet.
Tu peux broyer sous tes dents enfantines
Ce pauvre rien,
Ou lui donner tes caresses divines ;
Tout sera bien.
Tu peux parfois entre tes bras me prendre
Et me baiser ;
Et d’autres fois, sous tes deux pieds m’étendre
Pour me briser.
Je ne suis là que pour te satisfaire,
Te rendre heureux ;
Sans résister je dois te laisser faire
Ce que tu veux.

Louise-Marguerite est maintenant libre pour laisser le Seigneur agir en elle. Aussitôt, ce sont les déferlements de l’Amour Infini qui vont se manifester. « Au milieu des souffrances de cette maladie, alors que je ne pouvais ni prier, ni presque penser, je sentais l’Amour Infini de Dieu qui m’enveloppait de toutes parts comme un manteau. Il me semblait que Dieu disait : « Je suis libre maintenant dans cette créature, je veux me jouer avec elle selon mon bon plaisir ». Et je trouvais une paix et une douceur inexprimables, en renouvelant mon vœu d’abandon, à donner toujours plus de liberté à Dieu et à me prêter sans résistance à ses jeux divins. »

Cela n’implique pas que Louise-Marguerite n’ait plus de combats à mener. Il y a toujours une certaine résistance intérieure, quelquefois pour des motifs de bon sens ou dus au circonstances. Mais le travail du Seigneur va pouvoir se faire en elle. Louise-Marguerite sera toujours la première à s’étonner de ces grâces qui lui sont faites, et il lui arrive souvent d’en demander la raison au Seigneur. Elle en obtient toujours la même réponse, par exemple dans ce beau dialogue de mars 1902 : « – Jésus, dis-moi pourquoi ton Cœur renferme-t-il tant d’Amour et pourquoi l’épanches-tu ainsi sur ton indigne créature ?

Et Jésus répond : Mon Cœur est le tabernacle vivant de la Divinité, il la renferme dans sa plénitude et la divinité est Amour ; ne comprends-tu pas que l’Amour, toujours actif, comme un fleuve aux eaux abondantes, a besoin de s’écouler et de se précipiter ?

– Oui, l’Amour doit se répandre, mais pourquoi sur ma misère ?
– Ta misère m’attire, parce que je suis la Miséricorde ; ta faiblesse me captive, parce que moi, je suis le Tout-Puissant ; tes fautes me réclament, parce que moi, je suis le Pur et que je me suis sanctifié pour toi.

– Mon Jésus, mon Sauveur, que veux-Tu donc de moi ?

– Aime-moi, et laisse-moi t’aimer. Laisse-moi verser dans ton cœur le débordement du mien. Laisse-moi faire de toi une créature si chérie de son Dieu que nul, en te voyant, ne puisse douter des empressements de l’Amour Infini pour l’homme.

– Jésus, pourquoi moi, et pas un autre plus digne ?

– Pourquoi ? Parce que le souvenir de tes faiblesses et des ombres de ton passé, en te faisant connaître ton néant, t’empêcheront d’attribuer à ta propre vertu les prédilections de mon Cœur.

– O Jésus, dis-moi encore quels sont les désirs de ton Cœur ?

– Le monde se glace, l’égoïsme étreint les cœurs, les hommes se sont détournés du foyer de la Charité et ils pensent être éloignés de leur Dieu ; et cependant je suis là, Moi, l’Amour Infini, tout proche, et le sein de la Charité divine, gonflé d’amour, a besoin de s’ouvrir.
Laisse-moi t’aimer, Marguerite, et par toi descendre vers le monde.

– Mon Jésus, que puis-je faire au monde puisque j’en suis séparée ; comment pourrais-je T’y conduire, puisque je n’ai point de commerce avec lui ?

– Marguerite, ce mystère qui dépasse ton intelligence, je veux te l’expliquer. Je me suis incarné pour m’unir à l’homme ; je suis mort pour le sauver ; mon sacrifice a été assez puissant pour racheter l’humanité tout entière et infiniment plus, mais l’homme, fait libre doit coopérer à l’œuvre de son salut. La surabondance de mes mérites lui donne une grâce efficace pour cela, et cependant combien qui repoussent ma grâce ! Alors je prends des âmes, je les investis de moi-même, je continue ma passion en elles, je les sépare des autres pour mon Œuvre, je leur découvre les mystères de mon Amour et de ma Miséricorde, et faisant d’elles comme des canaux purifiés, je verse par leur moyen sur le monde une affluence nouvelle de grâces et de pardons.

– Mon Sauveur, je suis à Toi, fais de moi selon ta Volonté !

– Oui, je prends possession de toi. Je fais de ton âme le canal de mon Amour Infini et, quoique obscure et cachée, elle fera mon Œuvre ; tout ce que je verse d’amour en toi ira au monde, mais n’en retiens rien, ne cherche jamais ton intérêt, mais le mien. Sois fidèle, et chéris la souffrance !

Ce ne sont pas là tout à fait les paroles de Jésus, car cette fois aucune parole n’est venue sous la forme de parole humaine. J’ai traduit à peu près les divines impressions exprimant les pensées de Jésus. »

L’Amour Infini l’envahit totalement. Nous en avons un témoignage dans un texte inouï écrit pratiquement en direct, si l’on peut dire. On s’en rend compte à la lecture. On vit presque avec la jeune religieuse qui écrit dans sa cellule le 17 août 1903. – « Pendant que j’écrivais ces dernières lignes Jésus s’est fait doucement sentir à mon âme ; Il m’a dit : « Enveloppe-toi dans l’humilité et viens te cacher dans mon Cœur ». Il est là tout proche ; je voudrais me mettre à genoux ; Il dit : « Non, écris, écris que ton néant m’attire et que ta faiblesse me charme, et que je veux transformer ta boue et en faire un aimant qui attire les âmes à mon amour ». O amour, amour ! je ne puis rien dire, mais je veux t’aimer, mon adorable Maître. Il me reproche de n’avoir pas osé écrire je t’aime et d’avoir mis je veux t’aimer. Je t’aime, mon Jésus, mon Dieu, mon Sauveur, ma Miséricorde ! »

Cela ne va pas sans l’acceptation profonde de la souffrance, qui la marquera toute sa vie, et qui sera, selon son expression, un véritable martyre. Elle l’avait entrevu juste avant d’entrer dans la vie religieuse, alors qu’elle visitait sous la neige, un soir de décembre 1889, le chantier de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Toute la vie de Louise-Marguerite est marquée par cette souffrance acceptée joyeusement et offerte : « Parfois Notre-Seigneur sollicite mon âme de souffrir pour Lui ; comme Il ne peut plus souffrir maintenant dans son humanité et que son amour voudrait le faire, alors Il demande si je ne veux pas souffrir à sa place. Mais, Seigneur, vous êtes le Maître, vous pouvez faire ce qui vous plaît en mon corps et en mon âme, pourquoi le demandez-vous ? Je sens qu’Il le demande, parce que son amour prend plaisir à voir l’âme se redonner, se livrer à Lui volontairement. »

Cette souffrance généreusement acceptée permet de dépasser les résistances personnelles intimes afin de laisser le passage à l’Amour Infini de Dieu. Cet Amour Infini est pour les âmes. Il est pour les prêtres, la grande mission que Jésus donne à sa servante Louise-Marguerite, qu’il a préparée et purifiée peu à peu pour la conduire à ce but. « Au milieu de l’excès de délices et de souffrances que me causait l’Amour, j’ai dit à mon divin Maître : Pourquoi me combler de tant de biens ? Pourquoi me donner tant d’amour ? Il m’a répondu : « C’est que je t’ai choisie pour révéler mon Amour à mes prêtres ». J’ai dit : Vous voyez bien que je ne puis pas Vous servir en cela ; je ne puis rien de moi-même, et ce prêtre que Vous aviez semblé me donner pour cette Œuvre, il ne veut rien faire, et le voilà malade et peut-être allez-Vous bientôt le retirer à Vous. Jésus m’a dit : « Il a fait déjà plus que tu ne crois ; laisse-moi seulement faire en toi ma volonté ». Jésus m’a fait comprendre encore que toute mon action à moi était de recevoir de Lui, et de laisser passer sans m’inquiéter du reste. »

Nous avons vu peu à peu la transformation de Louise-Marguerite. D’un tempérament fort et équilibré, mais porté sur l’orgueil, Jésus a fait son instrument de choix. Le Seigneur a vaincu une à une ses résistances, qu’elle conservera d’ailleurs presque jusqu’au bout de sa vie, malgré son désir immense de correspondre. Cela aussi a fait partie de la croix qu’elle devait porter. Peu à peu, Louise-Marguerite a appris à se simplifier, à s’offrir. Elle a appris à recevoir le Seigneur comme Il était et comme Il voulait se manifester à elle. A elle, pas directement, mais plutôt pour passer à travers elle afin de renouveler les âmes par le feu de l’Amour Infini et plus particulièrement celles des prêtres. Et cela nous donne le plan de la suite de notre entretien.
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2. Nous avons à nous laisser aimer par Jésus

Ce qui est comme le trop-plein de l’Amour Infini, voilà ce qu’éprouve cette jeune visitandine dans son cloître. Il s’agit là d’une doctrine profondément catholique. C’est comme par surabondance d’amour que Dieu a créé le monde. Louise-Marguerite l’expérimente fortement dans sa contemplation. « Il me semble que Notre Seigneur souffre, parce qu’il n’y a personne qui veuille recevoir ses dons ; tous les cœurs sont rétrécis, faibles et comme fermés. Dieu voudrait se communiquer, et Il ne trouve pas d’entrée.
Quelles merveilles Dieu ne ferait-Il pas dans les âmes si elles le laissaient faire. Mais elles ne s’ouvrent pas à la grâce, alors elles restent imparfaites et misérables. Si elles laissaient faire le Seigneur, Il les élèverait toujours, toujours jusqu’à l’union divine, et la créature serait dès ce monde comme divinisée, de sorte que Dieu ferait tout en elle, et qu’elle ferait tout en Dieu. J’ai tâché d’ouvrir mon âme bien grande, pour répondre au désir du Seigneur et je me suis livrée tout entière à son action.
J’ai senti que si j’étais fidèle, si je laissais faire à Notre Seigneur, ce serait bien ; tout sera son ouvrage ; de moi il n’y aura rien que le premier consentement donné. Rien ne plaît tant à Dieu que de pouvoir agir en Maître dans une âme. Quand Il y vient, Il commence d’abord par tout arracher, par enlever tout ce qui s’y trouve, puis Il purifie l’âme. Quelquefois c’est avec du feu et la douleur est intense ; quelquefois Il la purifie de ses souillures avec la délicatesse d’une mère qui lave le corps frêle de son petit enfant.
L’âme souffre, parce que l’action purifiante fait toujours souffrir, mais elle sent que c’est la main du Seigneur et la souffrance lui est douce. Après, quand elle sera bien pure, elle pourra s’unir à Dieu, se perdre, se fondre en Dieu.
O union sacrée et tant désirable, pourquoi si peu d’âmes te recherchent-elles ? Pour donner cette entrée à Dieu dans l’âme, il faut deux choses : ne jamais résister à la grâce dans les occasions, et après les chutes ne pas s’arrêter, mais se jeter avec un repentir plein d’amour dans les bras de Dieu.
Depuis que j’ai résolu de faire le plus parfait, suivant la lumière du moment, je me sens une dilatation de cœur toute particulière, avec une confiance entière que Notre Seigneur fera tout et que ma faiblesse, mes misères et la corruption totale de ma nature ne seront pas des obstacles. Je sens comme une assurance que Notre Seigneur fera ce qu’Il veut et que rien ne l’en empêchera. Que Dieu est bon à l’âme ! Il ne la fait souffrir que pour la rendre capable de s’unir à Lui. »

A mon sens, ce beau texte de 1894 est pratiquement le plus important pour le développement du thème que nous étudions. Outre le fait qu’y reviennent plusieurs fois les mots « laisser faire au Seigneur ».
Premièrement, l’impatient et impétueux désir divin de communiquer son amour à ses créatures. Cela revient très souvent sous la plume de Louise-Marguerite. Deuxièmement, l’amour de Dieu est destiné à tous. Le Seigneur veut s’unir à tous ses enfants. Il n’exclut personne. Il faut préciser cela, car l’insistance par la suite, de Louise-Marguerite, sur le fait que le Seigneur aime ses prêtres, pourrait faire penser à un lecteur superficiel que cela ne concerne pas tous les hommes. C’est pourquoi j’ai tenu à mettre en deuxième point la révélation de l’Amour Infini pour tous. Troisièmement, l’importance du renoncement à sa propre sainteté par l’âme fidèle. Les âmes saintes ne sont pas assez saintes et stagnent parce qu’elles veulent garder le contrôle de leur progression dans la perfection spirituelle. Il faut céder.
Quatrièmement, le chemin de la purification passe nécessairement par l’acceptation de la souffrance pour que le Seigneur puisse agir à sa guise. Cinquièmement, deux conseils pratiques sont donnés « pour donner cette entrée à Dieu dans l’âme » : ne pas résister à la grâce et ne jamais se décourager.

Vous avez remarqué que Louise-Marguerite parle souvent de la souffrance. Une déviation fréquente de nos cœurs et de nos esprits à ce sujet pourrait nous induire en erreur. Louise-Marguerite jouit d’une bonne santé mentale. La souffrance n’est pas un but, elle n’est qu’un moyen. Le renoncement à sa propre vision de sa sainteté personnelle est absolument nécessaire pour arriver à se laisser aimer par le Seigneur. C’est ce passage qui bloque le plus souvent, –l’expérience sacerdotale me l’a appris –, les âmes qui suivent le Seigneur. Elles ne veulent pas renoncer à elles-mêmes

Pour nous convaincre que pour Louise-Marguerite la souffrance n’est pas un bien en soi, mais seulement un moyen, lisons un court extrait du 19 mai 1895 : « A l’oraison Notre-Seigneur m’a fait comprendre que tous les troubles, tous les malaises, toutes les souffrances et toutes les angoisses que l’on ressent d’ordinaire, ne proviennent que de notre résistance non seulement à la divine Volonté, mais aussi aux désirs de Dieu. »

Dans les notes de sa retraite du 25 août au 2 septembre 1895, Louise-Marguerite reçoit des lumières sur la façon de se laisser faire par Dieu : «Notre-Seigneur m’a fait voir comme il fallait laisser faire Dieu en nous ; dans sa Passion, Il a tout supporté, mais Il n’a pas fait par Lui-même, Il ne s’est pas crucifié Lui-même, Il n’a pas Lui-même arraché les habits qui collaient à ses plaies, mais Il les a laissé arracher ; Il a voulu sentir toutes les faiblesses, toutes les amertumes, toutes les angoisses : Il ne s’est pas donné à Lui-même cette ardeur extraordinaire d’amour, qu’Il a donné à quelques-uns des martyrs, qui les empêchait de sentir leurs souffrances. Pour être semblable à Lui, il faut ainsi se laisser faire par Dieu et par les instruments de Dieu, souffrir dans la crainte, dans la faiblesse par le seul acquiescement à la Volonté du Père. »

Et pour ôter tout doute sur l’équilibre de Louise-Marguerite, lisons un extrait de l’enseignement qu’elle donnait à ses religieuses dans le Chapitre du 12 mars 1909 : « On croit généralement que la mortification est une recherche de la souffrance, de souffrances toutes particulières ; une attention continuelle à se priver soi-même des choses nécessaires à la vie. Ceci, nos bien aimées Sœurs c’est une forme de la mortification, fort louable sans doute, mais qui, exigeant des conditions spéciales, dans ceux qui la pratiquent et étant en somme une vue particulière de perfection, ne saurait être imposée, ni même demandée à tout le monde. Or la mortification est demandée à tous les chrétiens en général et elle est imposée à tous les religieux sans distinction. Cette vertu, que nous regrettons si souvent de voir en décadence est une acceptation très simple, facile, joyeuse des souffrances que Dieu nous envoie et de ces mille accidents, de ces mille contretemps qui abondent en cette vie et que nous ne cherchons nullement. »

Le Seigneur récompense cette souplesse de l’âme qui lui permet d’agir. « Pendant l’oraison de 9 heures, Jésus s’est manifesté à moi et m’a dit à peu près ces paroles : « Parce que tu n’as pas mis d’intervalle entre la connaissance du sacrifice que je te montrais et la complète acceptation de ma volonté, j’augmenterai encore sur toi l’affluence de mes libéralités, car j’aime à trouver des volontés souples sous la mienne et des cœurs assez confiants en mon amour pour croire que je ne saurais rien vouloir pour eux qui ne soit bon ».

Cette acceptation simple de la vie comme elle est rejoint l’enseignement de la confiance et de la paix. Nous l’avons vu, la confiance est le deuxième moyen préconisé pour se laisser aimer. Dans le texte suivant de mai 1899 nous trouvons les bases d’un traité complet sur la confiance en Dieu. « J’avais fait une faute, et quoique je visse qu’elle n’était pas très grave, la chose étant légère et la cause étant un défaut de réflexion, j’avais néanmoins un peu de peine de me présenter à Notre-Seigneur pensant que cette tache sur mon âme pouvait déplaire à ses yeux. Cependant à l’oraison suivante, Il se communiqua à mon âme avec une extrême bonté, et m’instruisit de la confiance que nous devons avoir en Lui. Il me fit entendre que ce qui plaît le plus à Dieu, c’est la confiance de sa créature en Lui. Si l’âme avait péché mille fois, il faudrait qu’elle revienne à Lui après le millième péché avec cette confiance qui n’exclut ni une juste crainte, ni une véritable douleur.
Cette recherche de Dieu, que l’âme fait après son péché, neutralise pour ainsi dire les effets mortels du poison et la dispose à être guérie. Il me fit voir que la confiance contient ou produit les actes de toutes les vertus. Elle suppose nécessairement la Foi ; elle tient tellement à l’Espérance qu’elle semble ne faire qu’une seule vertu avec elle, quoiqu’elle en soit cependant une forme plus intime et plus douce ; elle est par elle-même un acte d’amour très excellent, un acte réel et sensible.
Elle est un acte de souveraine justice : quoi de plus juste que la créature se confie en Celui qui l’a faite et à Celui qui l’a régénérée et rachetée de son Sang ? Si la prudence humaine se confie dans l’abondance des richesses et dans la protection des puissants, ne sera-ce pas une prudence divine pour des êtres misérables et faibles de se confier en Celui qui peut seul les enrichir et les protéger ? La confiance est une force : « Celui qui se confie au Seigneur ne sera point ébranlé », dit l’Ecriture.
L’âme confiante devient forte de la force de Celui sur qui elle s’appuie et parce qu’elle compte sur Dieu, elle entreprend des œuvres fortes. En tant que la tempérance est l’usage bien réglé de toutes choses, la confiance s’y rattache : elle est l’ordre, et l’âme qui attend tout de Dieu, n’use aussi de tout que selon Dieu. La confiance met l’âme dans la dépendance de Dieu ; et dépendre, c’est vouloir obéir. Elle est un acte d’humilité très parfait : c’est la reconnaissance de sa misère, le sentiment exprimé de sa propre faiblesse, la confession de son néant. Enfin c’est un souverain hommage rendu à tous les attributs divins : l’âme qui se confie reconnaît la Puissance de Dieu ; elle compte sur sa Sagesse ; elle se livre à sa Justice, elle se repose sur son amour.
C’est donc un acte d’adoration qu’elle fait, une adoration pleine de respect et d’amour. Qui pourrait dire la puissance qu’une âme confiante acquiert sur Dieu même ! Elle ravit tellement votre adorable Cœur, ô Jésus, qu’elle obtient plus qu’elle ne veut : elle obtient les ineffables témoignages de votre amour, le pardon de ses fautes, et l’inestimable grâce de vivre en Vous par l’union d’un même esprit. »

Qui veut donc se laisser aimer par Dieu, doit apprendre à se maintenir habituellement dans la paix, malgré les bouleversements causés par les épreuves et la souffrance. C’est certainement là un grand secret que Louise-Marguerite a appris dans son expérience et qu’elle tient à nous livrer.
Elle y revient plusieurs fois dans son enseignement. Cela fait partie par exemple des conseils qu’elle donne à sa chère Marguerite Reynaud : « Dieu qui a permis pour votre âme tout cet enchaînement d’épreuves et d’événements divers a sans doute sur vous de particuliers desseins. Ils se préciseront peu à peu ; ce qu’il importe c’est de ne pas les entraver par une action contraire ou les résistances de votre volonté.
Mettez-vous donc dans l’indifférence, soit pour la forme de votre dévouement actuel, soit pour le but définitif à donner à votre vie. Dépouillez-vous de toute volonté propre, de tout désir personnel, si bon et sanctifiant soit-il ; accomplissez de moment en moment ce que vous voyez être, ou ce qu’on vous dit être, la volonté présente du Bon Maître.
Gardez votre âme dans le silence intérieur et dans la paix, afin d’être toujours disposée à entendre la voix de Dieu. Laissez-vous conduire par l’obéissance, qui vous mettra à couvert des illusions de votre imagination et occupez-vous, dans une simple, tranquille et confiante attente, à corriger les défauts de votre caractère, à pratiquer les vertus chères au Cœur de Jésus.
L’avenir, tout renfermé dans les mains de Dieu, est plein de mystère ; ne cherchez pas à le sonder, moins encore à le faire à votre gré. Dieu qui est l’Amour Infini fait toujours pour les âmes ce qu’il y a de meilleur pour elles, pourvu qu’elles le laissent libre d’agir. Bornez-vous à ôter les obstacles qui pourraient gêner en vous l’action de Dieu et reposez-vous confiante et paisible sur son sein paternel. »
Cet enseignement est donné dans le plus grand équilibre : « Je lui dis souvent aussi de bien prendre le juste milieu des vertus, car, comme dit notre Saint Fondateur, aux deux extrémités la vertu touche au défaut. Sa grande sensibilité de cœur lui fait des peines et des blessures, là où en vérité, il n’y a pas de motif suffisant. Je montre à notre chère Sœur ce que je vous écris sur elle, afin que vous l’aidiez davantage. Il est certain qu’elle a besoin de repos et puis il ne faut pas qu’elle s’agite tant de tout ce qu’on dit contre nous et la fondation. Les persécutions du monde n’ont jamais qu’un temps ; le mieux c’est de faire notre petite vie bien tranquille de prière et de travail et de laisser faire le Seigneur. »

Cependant, notre étude sur « se laisser aimer par le Seigneur » tournerait court si nous nous en arrêtions aux seuls conseils spirituels pour se disposer à cet Amour. La contemplation de cet Amour est d’une bien plus grande et nécessaire importance. C’est parce qu’elle était touchée, entourée, voire oppressée de cet Amour que Louise-Marguerite n’hésitait pas à tracer aussi droit et aussi lumineusement son chemin. On peut dire sans hésiter, et sans que cela précède en quoi que ce soit le jugement de l’Eglise, que son adhésion au Seigneur a été héroïque précisément parce que le Seigneur lui montrait son Amour. Il doit en être de même pour nous. Ecoutons-là pour mieux en profiter.

« Le Cœur de Jésus souffre encore de l’abondance de l’amour qui l’oppresse et le gonfle ; Il n’est soulagé que lorsqu’Il peut le répandre dans le cœur de sa créature, se faisant ainsi aimer par elle. De nous-mêmes, nous ne pouvons pas aimer Dieu ; l’amour que nos pouvons avoir pour Lui est premièrement déposé par Lui-même dans nos cœurs, c’est par son amour que nous l’aimons : ainsi nous le soulageons en l’aimant, puisque pour l’aimer nous avons dû recevoir un peu du trop-plein d’amour de son Cœur divin.
Et comme nos cœurs sont étroits et faibles, quoiqu’ils ne renferment qu’une petite parcelle d’amour, ils en sont gonflés et oppressés et ainsi la souffrance du Cœur divin passe dans les nôtres. Oh ! que Dieu aime sa créature, toute indigne, toute pécheresse et corrompue qu’elle soit, Il l’attire et la veut toute sienne. »

Cependant, comme tout est équilibré chez Louise-Marguerite, avant de poursuivre un peu plus avant avec elle dans la contemplation de l’Amour Infini, n’oublions pas que la charité divine passe par la charité envers le prochain. Il ne faut jamais oublier cet enseignement fondamental.
Elle le note dans sa retraite du 29 juillet au 8 août 1911 : « J’ai fini la retraite dans une grande paix sans plus me regarder moi-même, regardant Notre-Seigneur et voyant en Lui l’Amour Infini. Il me semble que Jésus veut que je travaille incessamment à faire fleurir la charité dans la Communauté. Je vais m’y appliquer sans relâche durant les 20 mois que j’ai peut-être à passer encore à la tête de cette chère famille. Tant que la charité pour le prochain ne sera pas scrupuleusement observée, les âmes ne pourront pas recevoir les effusions de l’Amour Infini. Il faut que ce premier travail soit fait avant de songer à faire descendre les grâces spéciales de la Divine Charité. Pour moi aussi, charité, en pensées, en paroles. Il n’y a rien qui plaise tant au très doux cœur de Jésus que l’humilité et la charité. »

Ce point essentiel étant précisé, nous pouvons nous envoler avec elle dans les hauteurs de l’Amour Infini. Les textes sont particulièrement nombreux. Nous n’en citons que quelques uns parmi les plus beaux, mais ils sont tous beaux.
« Les richesses de la Divinité ne sont pas épuisées ; le Saint-Esprit verse encore tous ses dons dans les âmes, mais peu lui donnent assez d’entrée. Quel admirable et sacré commerce que celui qui se fait du Créateur à la créature,de la Divinité à l’humanité, c’est comme un flux et un reflux perpétuels. Je sens que Dieu voudrait se donner à beaucoup d’âmes, mais il se retire, parce qu’elles ne se livrent pas assez à Lui. A l’oraison du soir, je me suis abîmée dans la contemplation de l’amour que Dieu a pour ses créatures. Si on comprenait cela, si on savait le désir que Dieu a de s’unir à la créature, on ne différerait pas d’ouvrir son cœur pour recevoir les trésors d’amour qui s’écoulent incessamment du sein de la Divinité. »

« Durant toute cette semaine, mon âme s’est trouvée dans un état d’adoration, de louange et de reconnaissance presque continuel. Cette divine invention par laquelle Dieu s’est uni à la nature humaine en la personne de Notre-Seigneur me plongeait dans une admiration et un ravissement toujours nouveaux.
Je voyais l’immense désir que Dieu a de son union avec l’homme, désir qui ne procède que de son amour pour lui ; et cet Amour Infini si fort, puisque le péché de l’homme n’a pu l’affaiblir, si ardent puisqu’il l’a fait sortir de Lui-même, si désintéressé puisqu’il l’a fait se sacrifier pour nous, cet Amour qui est Dieu, cette mer d’Amour sans fond, sans fin, sans limites, qui est l’Essence divine, faisant descendre ses ondes jusqu’à moi, submergeait mon âme et la laissait sans parole et sans autre mouvement qu’une sorte d’aspiration ardente et incessante vers une union toujours plus complète.
Je voudrais pouvoir montrer à toutes les créatures combien ce désir de Dieu est grand ; je voudrais, ouvrant les bras, saisir le monde entier, l’étreindre sur ma poitrine et me jeter avec lui dans l’Océan de l’Amour Eternel, pour satisfaire ainsi le désir de Dieu. Dieu est Amour, et l’Amour veut être aimé, et l’Amour n’est point assez aimé. J’ai beau ouvrir mon cœur pour recevoir ce débordement du Cœur de Dieu, il est trop petit et d’ailleurs ce n’est jamais qu’un cœur. Ce que Dieu cherche et demande, ce sont des cœurs qui L’aiment au mépris de tout le reste, tellement livrés à Lui, tellement dépouillés de leur propre intérêt qu’Il puisse se contenter en eux. »

L’Amour Infini englobe tout, la création et la rédemption : « La vue de la Miséricorde Infinie a dominé mon âme aujourd’hui. Je l’ai vue divinement créatrice. Aux jours de la création, alors que les assises du monde n’existaient point encore, Dieu, Amour Infini, créait tout par son Verbe. Dieu dit et tout a été fait. La sainte Ecriture nous représente l’adorable Trinité faisant son œuvre d’amour. Le Père dit une parole créatrice ; le Verbe ordonne toutes choses et, comme Sagesse infinie, se joue au milieu de la création ; l’Esprit dispose par sa divine chaleur les eaux et la terre à la fécondité.
Le Verbe, à cette première heure, sous les traits de la divine Sagesse, créait donc du néant avec une grâce infinie la multitude des êtres ; avec le Père et avec l’Esprit, Il faisait germer la vie et toute créature prenait son être et sa forme sous le souffle de l’Amour. Aux jours de la Rédemption, Dieu fait en quelque sorte une création nouvelle ; non matérielle, mais purement spirituelle ; et c’est encore par son Verbe qu’Il veut opérer et produire. Ce n’est plus alors sous la forme de la divine Sagesse, mais sous celle de la divine Miséricorde que le Verbe est Créateur. Incarnée en Jésus, la Miséricorde Infinie crée, non plus du néant, mais de la prévarication, des êtres de justice, des voies de sainteté, des puretés nouvelles et des enfants de Dieu.
Oh ! ces créations de la Miséricorde ! plus belles encore, plus dignes de la Sagesse et de l’Amour de Dieu que celles qui paraissaient aux commencements des temps ! La divine Miséricorde se joue au milieu d’elles et, comme la divine Sagesse se complaisait au milieu de son œuvre, ainsi la Miséricorde divine prend ses délices au milieu des âmes qu’elle purifie et qu’elle sauve. »

Louise-Marguerite n’oublie pas le rôle essentiel de Marie pour ce don de l’Amour. Elle le dit en quelques mots bien sentis dans un Chapitre du 22 février 1908 : « L’Esprit Saint, l’amour éternel du Père et du Fils, avait jailli comme une source qui trouve une issue et qui cherchant à remonter à son niveau se précipite par le Canal qui communique avec elle. Il se reposa sur Marie, le Verbe s’était fait chair. La Vierge Marie, remarquez-le, nos chères Sœurs, s’est constamment pleinement laissé aimer par Dieu. Or, quand Dieu aime, Il se donne.

3. Que les prêtres se laissent aimer par Jésus !

Il est donc clair que l’Amour de Dieu est absolument pour tous. Et c’est dans cette perspective divine que nous pouvons placer la mission exceptionnelle de Louise-Marguerite et celle qu’elle assigne aux prêtres. Nous savons que durant l’octave de la fête du Sacré-Cœur de l’année 1902, Louise-Marguerite a reçu comme mission particulière de la part du Seigneur de leur montrer son Cœur.
A partir de ce moment-là, cette mission devient le tout de sa vie. Elle en parle souvent. Elle y pense toujours. Ecoutons-la dans un de ses récits nous exposer les désirs du Seigneur.

« Je ne sais comment écrire ce que j’ai vu, c’était si grand et si beau ! J’entrais au chœur pour faire la lecture ; Jésus, exposé sur l’autel, m’a attirée à Lui ; j’ai posé le livre sans l’ouvrir et j’ai regardé, j’ai écouté. Jésus ne parlait pas : Il me faisait lire dans son Cœur les mystères d’amour. Dieu, l’Amour Infini, a déposé dans chaque âme en la créant un principe de vie immortelle, une petite étincelle d’amour, et c’est cette étincelle, jaillie de l’Infini divin, qui attire toujours Dieu vers les âmes.
Il y a comme un besoin en Dieu, d’aller vers les âmes pour rejoindre cette étincelle de vie sortie de Lui, qui est en elles. Quand une âme est pure il y a une attraction mutuelle ; Dieu va vers l’âme et l’âme aussi se sent attirée à aller vers Dieu. Quand l’âme n’est pas pure, elle ne sent pas le mouvement d’attraction ; elle est insensible. Dieu, Lui, l’infiniment Pur, le sent toujours, ce divin mouvement.
Cependant Il ne peut pas pénétrer dans les âmes ; elles se sont en quelque sorte matérialisées ; les péchés successifs, les soins temporels et surtout le refroidissement du cœur, les ont durcies et pétrifiées ; l’Amour Infini ne peut pas entrer en elles pour se réunir à la petite étincelle de leur propre vie. Alors le Verbe, notre éternel et divin Médiateur, s’est encore présenté à son Père et a dit : J’ai trouvé le moyen de faire pénétrer l’Amour dans le monde et ainsi de le purifier et de le réchauffer.
J’irai vers ceux que j’ai institués pour participer à mon éternel Sacerdoce et qui le continuent sur la terre ; j’irai à mes Prêtres. Leurs âmes sont plus pures ; ils sont plus dégagés des sollicitudes terrestres : je les attirerai sur mon Cœur ; je les remplirai d’amour, et par eux, l’Amour Infini s’écoulera dans les âmes.
Et voilà tout le plan de Jésus : le prêtre rempli d’amour communiquera les flammes divines aux âmes placées sous son influence directe (car chaque prêtre a un certain nombre d’âmes sous son influence) ; celles-ci réchaufferont à leur tour les âmes qui seront autour d’elles et ainsi,peu à peu, l’Amour Infini reprendra possession du monde. »

Louise-Marguerite a une vision très intéressante du sacerdoce. Elle le lie au coeur, de la part du prêtre, dans l’Eglise, et par rapport au Christ. Le dernier Concile a rapporté le sacerdoce au Christ Tête. Louise-Marguerite ne pouvait anticiper cette théologie qui permet d’harmoniser le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel.
Sa vue a pourtant toujours du prix, car elle a le mérite d’insister sur le lien avec la charité. Le prêtre doit en effet donner son coeur, comme une mère. Le sacerdoce est dans l’Eglise comme son coeur par lequel lui est donné la vie divine.
Et tout cela vient du coeur du Christ. « Le prêtre doit entrer, par ce Cœur sacré, dans la connaissance intime de Jésus-Christ. C’est comme une porte, par laquelle il doit passer pour pénétrer dans l’intérieur du Christ, et s’étant tout baigné et tout imprégné de Lui, devenir comme un miroir brillant dans lequel l’Amour infini puisse se réfléchir. »

Ce don du Coeur à ses prêtres par le Christ Jésus a quelque chose de tout à fait spécifique pour le prêtre : « Jésus disait aussi, si je me souviens bien, qu’il y a dans son Cœur des parties encore inexplorées, qu’Il a gardées pour ses prêtres, et que c’était un domaine qui leur était réservé.
Ce sont des demeures d’amour, où les prêtres seuls entreront, et où ils trouveront tout ce dont ils ont besoin pour être des fidèles représentants de Jésus. Et puis, quand ils y seront entrés, ils en sortiront tout couverts d’une certaine grâce qui agira sur les âmes. Beaucoup sont entrés dans ces divines demeures sans le savoir et ils ont été les vrais continuateurs de la mission de Jésus. Mais quand on en saura le chemin, beaucoup plus y entreront, et ce sera pour le salut de beaucoup d’âmes.
Et ce chemin, c’est le Cœur de Jésus Prêtre, connu et médité ; c’est le prêtre cédant en soi la place à Jésus et n’agissant plus que sous sa divine impulsion. C’est le cœur du prêtre comme fondu dans celui de Jésus par la connaissance et par l’amour. Il me semble que Notre-Seigneur veut s’identifier de telle sorte à ses prêtres qu’ils soient un avec Lui. Ce sera la réalisation de cette parole de Jésus à son Père : « Qu’ils soient un, comme nous sommes un ; qu’ils soient consommés dans l’unité ». C’est le Cœur ineffablement aimant de Jésus pour ses prêtres qui va opérer cela. J’ai senti en ce Cœur Sacré une ouverture déjà faite par laquelle son amour a commencé de descendre sur ses prêtres ! »

Seulement, il ne faut pas que le prêtre puisse compter y arriver sans passer lui aussi par la purification. « C’est à lui-même que le prêtre doit renoncer. Non à cet être nouveau sanctifié dans le Christ, que le baptême d’abord, l’Eucharistie ensuite, les dons de l’Esprit-Saint, l’onction sacerdotale enfin ont dû former en lui ; mais à cet être purement naturel, à cette humanité dégradée par la faute originelle, souillée et avilie par le péché.
C’est à cet être inférieur, que tant de convoitises agitent, que tant de passions travaillent qu’il faut que le prêtre renonce. Renoncer à soi-même, que c’est une œuvre grande ! Aussi n’est-ce point un travail accompli en une heure et c’est pourquoi Jésus ajoute : « Qu’il prenne sa croix tous les jours ».

Louise-Marguerite est très réaliste. Et Jésus, tout en lui montrant la souveraine grandeur du prêtre, lui montre aussi le péché de ses serviteurs. « Mon très doux Maître, je ne suis pas fidèle et je suis lâche et négligente ; voilà bien longtemps que je n’ai rien écrit de ce que Vous m’avez donné. Pardonnez-moi, mon Jésus, et mettez Vous-même sous ma plume ce que Vous voulez qui soit marqué. Et d’abord, le jour du Sacré-Cœur, dans l’après-midi, j’ai été saisie d’une grande tristesse.
C’était Jésus qui s’attristait par mon âme ; car, c’est ainsi qu’Il fait, ce Maître adoré ; comme Il est maintenant impassible et à jamais bienheureux dans sa gloire, et que cependant Il veut, pour le salut des âmes, prolonger ses souffrances et sa Sainte Passion, Il emprunte de quelques-unes de ses créatures les plus aimées, le corps, le cœur, l’âme, et il souffre en elles. Mon Dieu, quel mystère d’amour ! Après être restée quelque temps dans ce sentiment de profonde tristesse, Jésus vint à moi intérieurement et me dit qu’Il y en avait parmi ses prêtres qui le faisaient étrangement souffrir.
Les uns, moins nombreux, sont ceux qui ne sont pas assez purs, et Jésus disait, si j’ai bien compris : « Ils disent qu’il y a des nécessités de nature que Dieu ne peut pas interdire à l’homme, mais l’homme a reçu le pouvoir de dominer par la force de l’esprit les instincts charnels et c’est là sa supériorité ; et d’ailleurs, le prêtre n’a-t-il pas l’abondance de ma grâce pour le soutenir et ma chair eucharistique pour purifier la sienne et la diviniser ? ».
Les autres qui blessent le Cœur du divin Maître, ce sont ceux qui ne sont pas assez dévoués aux âmes de leurs frères, ni à Dieu. Ceux-là vivent une vie toute personnelle, qui est l’opposé de la vie de Jésus et qui ne peut pas être la vie du prêtre de Jésus. Je n’avais pas écrit cela, parce que Notre-Seigneur me donne toujours le mouvement de cacher à tous les regards les faiblesses de ses prêtres. Il ne veut pas que le monde les connaisse… et Jésus ne veut pas qu’on dise ce qu’Il déplore dans ses bien-aimés. »

Le combat spirituel est nécessaire : « Pour le prêtre aussi, la tentation est nécessaire. Il est si grand le prêtre, sa dignité est si haute ! Ne serait-il pas porté à croire que le sacré caractère qu’il a reçu le met à l’abri des misères de l’humanité ? Ne s’élèverait-il pas des divins privilèges qui lui ont été départis ? Et d’ailleurs : « Celui qui n’a pas été tenté, que sait-il ? » (Sir 34, 9). Le prêtre, qui est appelé à instruire et à guider les âmes, doit avoir expérimenté, sinon toutes, du moins une partie de leurs faiblesses. »

Un passage étonnant jette quelques lumières sur ce péché des prêtres. « Je priais pour les âmes du Purgatoire et j’avais un grand désir de délivrer par mes prières unies aux mérites infinis de Jésus, les âmes qui sont les plus chères à son Cœur, celles qu’Il désire le plus de voir bientôt dans la gloire. Il me semble qu’une voix intérieure me disait : « Prie donc pour les âmes des prêtres ».
Je n’y avais pas encore pensé à ces âmes de prêtres retenues dans le Purgatoire. Je vis qu’il y en avait beaucoup dans ce lieu d’expiation et de purification, et je connus que le plus grand nombre y était pour avoir manqué de dévouement à l’Eglise et d’amour pour les âmes.
C’est moins pour les négligences qu’ils ont dans le service direct de Dieu que pour le défaut de zèle et d’amour pour l’Eglise et les âmes, que ces privilégiés de Jésus demeurent au Purgatoire. Mais le désir que Notre-Seigneur a de les voir sortir de ce lieu est immense.
Comme je me demandais pourquoi Dieu reprochait si souvent aux prêtres ce défaut de zèle et d’amour, cette explication me fut donnée : si un homme abandonne son épouse chaste et fidèle, s’il refuse à ses enfants la nourriture qui leur est nécessaire, n’est-il pas bien coupable ? Le prêtre est uni à l’Eglise comme un époux avec son épouse, épouse toute fidèle et souverainement pure ; s’il manque de dévouement à ses intérêts ; s’il est indifférent à ses douleurs, à ses joies ; si, sans se tourner contre elle, il ne se préoccupe ni de sa gloire, ni de sa conservation, ni de son développement ; s’il laisse les âmes dont il a été fait le père, sans leur donner la nourriture spirituelle de vérité et d’amour dont elles ont besoin pour vivre, pour se développer et pour grandir, ne commet-il pas une grande faute ? »

Un exemple de la résistance des prêtres à se laisser aimer par Jésus est donné par le propre père spirituel de Louise-Marguerite, le Père Alfred Charrier. Il mettra des années à prononcer l’acte de consécration à l’Amour Infini, s’en croyant totalement indigne, par excès de scrupule. Louise-Marguerite a souvent essayé de le sortir de cet état spirituel, mais ce fut long, et ce fut une très grande épreuve pour elle qui s’était totalement donnée depuis longtemps.
« Je ne puis vous dire combien la dernière partie de votre lettre m’a fait de la peine. Il m’est impossible de comprendre comment vous pouvez penser que votre misère puisse surmonter la puissance de Dieu. Mais, mon Père, votre misère humaine, la mienne, celle de tout le monde, ce sont des atomes auprès de l’Amour Infini et de la divine Puissance. Si je pensais un instant que ma misère est plus grande que la miséricorde de Dieu et plus forte que sa puissance, je croirais faire le plus grand péché de ma vie. Il me semble qu’avec un peu de foi, un peu de confiance et un peu d’amour, on ne peut avoir peur de rien. »

Si le prêtre est tourné vers lui-même, et pas assez vers l’Amour Infini, il ne peut que difficilement se débarrasser des difficultés du vieil homme.
« Mon très doux Maître s’est plusieurs fois communiqué à moi ces jours-ci ; je n’ai pas eu le temps de noter les vues. Il y a cinq ou six jours, c’était sur la pureté du prêtre ; je crois que c’était le premier vendredi du mois. Jésus me dit, si je me souviens bien, qu’Il voulait voir son prêtre couronné d’une triple couronne, formée par le dévouement, la pureté et l’amour. Il m’a montré combien Il voulait son prêtre pur et que celui-ci ne pouvait arriver à cette pureté que par l’amour. C’est l’amour qui purifie ; plus on aime, plus on est pur.
Ce n’est que l’Amour Infini, régnant sur le cœur de l’homme, qui peut détruire ses instincts charnels et l’élever peu à peu de la boue de sa nature corrompue et pécheresse jusqu’aux sereines et virginales clartés de la pureté sacerdotale.
L’Amour Infini, quand il est ardent au cœur du prêtre, est comme un feu qui cautérise la plaie d’impureté que l’homme porte dans sa chair. Jésus m’a montré que le prêtre doit trouver dans l’étude et l’adoration de son Cœur divin, c’est-à-dire dans une connaissance plus complète de l’Amour Infini, la source du dévouement et de la pureté. Le divin Maître m’a comme pressée de découvrir son Cœur à ses prêtres et de les faire entrer par ce Cœur Sacré dans une plus entière possession de l’Amour Infini. »

Pour mieux montrer cette puissance de l’Amour Infini, voyons le cas que le Père Charrier expose à sa fille spirituelle, depuis l’Isère, le 29 juillet 1908. « J’ai maintenant à vous demander un grand service. Il s’agit d’un prêtre de mes retraitants bourrelé de scrupules et de remords. Je ne sais quelle direction lui donner.
Je voudrais (et ce me serait une preuve de plus que vous ne vous trompez pas sur les désirs de Notre-Seigneur à mon égard) que vous vous mettiez en oraison et que vous demandiez à Notre-Seigneur de vous communiquer des lumières sur l’état de cette âme sacerdotale et que vous me disiez au nom du cher Maître ce qu’il faut que je lui conseille : à dessein je ne vous donne aucun détail, mais je désire que vous en demandiez au Divin Cœur. Faites cela en toute humilité et aidez dans un cas très difficile. »

Et voici la lumineuse et réconfortante réponse qu’il reçoit le 7 août suivant : « J’ai beaucoup prié pour le Prêtre que vous m’avez recommandé, mais si vous saviez combien vous me faites souffrir quand vous me demandez des avis de ce genre. J’ai si peur de me tromper, de prendre pour lumières de Jésus, de simples pensées de ma cervelle et de vous induire en erreur.
Plus je vais, plus je me défie de mes propres lumières et plus j’ai peur de vous tromper en me trompant moi-même. Je vous dirai pourtant, pour vous obéir, ce que j’ai cru voir à l’oraison hier soir, et vous en ferez ce que vous voudrez.
Je voyais que l’Amour Infini devait être donné aux prêtres, d’abord pour les purifier et surtout ceux qui ont le plus de taches ; puis pour les éclairer et fortifier. Et quand l’ Amour Infini aura fait cette action en eux ; qu’ils seront purs, ardents et forts, l’Amour continuera à les remplir et à les imprégner de telle sorte qu’ils puissent en déborder et le répandre de toutes parts sur les âmes. Ce ne sont pas les souillures et fautes qui peuvent empêcher un prêtre de recevoir ce don de l’Amour que Dieu veut faire, qu’Il fait maintenant à son Sacerdoce.
Si le prêtre se repent, s’il veut se livrer à l’amour, il peut, non seulement redevenir ce qu’il était, mais devenir un apôtre de l’ Amour et cela d’autant mieux qu’il aura été lui-même sauvé par l’Amour miséricordieux. Les scrupules peuvent être, pour un temps, une purification voulue de Dieu ; mais ils peuvent bien être aussi un effet de faiblesse physique et morale dont il faut triompher par la raison et l’amour confiant – Les scrupules sont très souvent des effets maladifs qu’il faut supporter comme tout autre mal corporel en esprit de pénitence. Mais l’Amour affranchit de tout cela si le corps est sain. »

La mission d’amour et de miséricorde du prêtre fait qu’il profite lui-même d’abord en premier de cette surabondance d’amour que Dieu donne au monde.
« Je ne puis marquer en détail tout ce que je vis, par un seul regard, des dons divins dans le prêtre ; celui qui les a reçus et les possède ne s’en doute même pas, et quand même il croit en avoir beaucoup reçus, il ne peut pas connaître toute la dépense de grâces que l’Amour Infini a faite pour lui. Ce sera une des béatitudes du prêtre dans le ciel de voir et de connaître tout ce que l’Amour a fait pour lui et combien il a été privilégié entre les autres hommes.
Je ne vais peut-être pas me servir d’un terme juste, mais il me semble que le prêtre passe en quelque sorte à l’état d’être divinisé par l’union qu’il a avec le Christ et par la puissance qu’il a, par le Christ, sur les âmes, pour leur bien et leur salut.
Après m’avoir montré tous les motifs par lesquels le prêtre est obligé d’avoir pour Dieu, Notre-Seigneur, un amour tout particulièrement fort, tendre et ardent, Jésus m’a dit encore : « Il n’y a qu’une seule créature qui m’ai aimé et qui m’aime comme le prêtre doit m’aimer ; il n’y a qu’un cœur qui puisse servir de modèle au sien pour cet amour : c’est le Cœur de ma Mère très sainte ».

L’union au Coeur du Christ conduit le prêtre à une grande unité avec lui. « Le cœur de Paul, c’est le Cœur du Christ. Ah ! si l’on pouvait toujours dire : le cœur du prêtre, c’est le Cœur de Jésus, quels fruits admirables ce prêtre du Christ ne ferait-il pas dans les âmes ! Quels miracles de grâce n’opérerait-il pas à l’exemple du grand Apôtre des nations ! Mais trop souvent, hélas ! la grâce de la consécration n’a pas transformé le prêtre.
Son cœur est resté froid, son âme est restée toute humaine ; son esprit ne s’est point élevé au-dessus du vulgaire, et au lieu d’être, par l’éclat de ses vertus, par le rayonnement de sa sainteté, ce phare lumineux, éclairant la nuit et dominant la tempête, qui conduit les vaisseaux au port, il n’est lui-même qu’un esquif ballotté par les passions humaines.
Il n’est pas monté sur la hauteur d’où il aurait pu éclairer les âmes en perdition ; il n’a pas voulu demeurer sur le roc d’où il aurait pu tendre la main aux naufragés de la vie. Peut-être l’écume des flots aurait parfois mouillé ses pieds ; les vents se seraient peut-être déchaînés contre lui ; mais il serait resté inébranlable, fort de la force de Dieu.
Le prêtre ne doit pas, sans doute, se retirer dans la solitude et se cacher dans les ombres du temple. Il faut qu’il vive parmi ses frères, au milieu d’eux, toujours prêt à étreindre sur son cœur, dans les élans de sa charité, toutes leurs misères et toutes leurs douleurs. Il faut qu’il soit là, toujours donné et toujours donnant, comme Jésus, froment d’amour, offert pour la vie de tous. Mais s’il doit vivre parmi les hommes, le prêtre ne doit pas vivre en homme.
Pour que ses frères aient confiance en lui, pour qu’ils puissent s’appuyer sur lui, il faut qu’ils le voient supérieur à eux, plus fort qu’eux, plus éclairé, plus pur, plus détaché, meilleur, vraiment saint. C’est en étudiant le Cœur de son divin Modèle, en s’appropriant ses vertus, que le prêtre de Jésus arrivera à transformer son propre cœur.
Qu’il aille donc à ce Cœur divin ; qu’il y pénètre par une amoureuse méditation ; qu’il se laisse surtout pénétrer par les influences vitales qui s’en échappent. Qu’il s’essaye à penser comme son divin Maître, à aimer comme Lui, à vivre comme Lui. Qu’il devienne, par l’union, un seul prêtre avec le Christ, un même cœur avec le Cœur du Christ. »

Cette union doit devenir toujours plus totale. « Jésus vit, dans le prêtre, d’une façon toute spéciale : à l’autel, au saint tribunal, dans la chaire de vérité, ce n’est pas un homme quelconque, c’est Jésus, Jésus qui enseigne et qui éclaire, Jésus qui pardonne et qui absout, Jésus qui offre et qui sacrifie.
Et lorsque ce divin Sauveur a ainsi investi son prêtre, quand Il l’a rempli de Lui-même, quand Il a vécu en lui dans ces trois grandes actions du sacerdoce, après, se retire-t-Il ? Non, sans doute. Tant que la vie naturelle, les dérèglements de l’esprit ou des sens, le péché, ne l’en chassent pas, Jésus continue à vivre dans son prêtre. Il y vit à tel point, qu’Il veut que le prêtre dise, en parlant de sa chair sacrée et de son sang adorable : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ! » Oh ! si le prêtre pensait à cette demeure de Jésus dans son âme, à cet investissement sacré, comme il aimerait à se retirer au dedans de lui-même, à fermer la porte sur lui, pour entretenir à loisir cet hôte divin. Jésus vit dans son âme, Il y vit tout entier, Dieu et Homme, avec ses splendeurs divines et ses charmes humains ; avec la puissance et la sagesse d’un Dieu, avec la douceur et la tendresse d’un frère, avec les amabilités d’un ami.
Tout le Christ vit dans le prêtre. Ils ne sont plus qu’un : la divine intelligence du Christ s’applique à l’intelligence du prêtre et lui communique ses lumières ; le Cœur du Christ bat dans le cœur du prêtre, et l’enflamme d’un ardent amour pour les âmes ; le corps du Christ s’unit aux membres du prêtre, il leur imprime une vie surnaturelle et la grâce de la chasteté. Aussi quel amour réciproque doit exister entre ces deux êtres ! Quel échange de pensées, de sentiments ! quelle union de volonté, quelle conformité de vie, quelle harmonie entre ces deux cœurs ! quelle intimité entre ces deux âmes ! »

Cette union transformante aboutit à un renouvellement complet de l’apostolat du prêtre par une effusion toute particulière du Saint-Esprit sur lui. Et cette onction est reversée sur les âmes auquelles il est envoyé. Cette mission, le prêtre ne pourra l’accomplir que dans la charité. Etant lui-même rempli de l’Amour de son Dieu, il le resplendira et le rayonnera par l’amour.
« La forme actuelle de la mission du Clergé sera la charité et le don de lui-même ; c’est seulement ainsi qu’il pourra s’approcher des âmes. » « Pour faire l’œuvre d’amour à laquelle il est appelé en ce moment le Clergé n’a donc qu’à se donner lui-même.
Dans la plénitude de sa volonté, avec un cœur généreux, une âme confiante en la grâce, en sa grâce à lui, la grâce de son Sacerdoce, le Clergé doit faire tout de nouveau le don de lui-même à Dieu, à l’Eglise et aux âmes. Le don de soi à Dieu – Il a déjà été fait, semble-t-il, le jour où le prêtre, s’offrant volontairement, a reçu le caractère sacré de son sacerdoce ; mais ce don peut être toujours renouvelé, il peut être toujours plus entier.
Quand il se fait après quelques années de ministère, alors que le prêtre en a goûté les joies, mais aussi, en a expérimenté les difficultés, les tristesses, les douleurs ; qu’il a senti les combats de sa nature en face de sacrifices prolongés qui lui semblaient au début, dans la ferveur de son premier élan, moins durs à accomplir ; quand il a connu la lassitude du travail sans résultats apparents, qui ne voit, que le don qu’il fait de nouveau est plus riche de force surnaturelle et plus précieux aux regards divins ? Et s’il a compris l’Amour infini ; si c’est à l’Amour qu’il se donne par une réciprocité d’amour ; si s’oubliant lui-même et ne recherchant plus que la gloire de son Dieu, il se donne pour être sacrifié à l’Amour et par l’Amour, quelle valeur n’acquiert pas ce don !»

Marguerite est devenue Louise-Marguerite. Louise-Marguerite est devenue de par la volonté de son Seigneur Mère Louise-Marguerite. Sa maternité spirituelle s’étend aux prêtres. Par elle, qui s’est laissé aimer et purifier par son Seigneur, le message de l’Amour Infini de Dieu a été délivré. L’Amour Infini est pour tous. Il est pour les membres de son Corps, le Peuple de Dieu. Il passe par ceux qui en sont avec lui la tête, et qui sont revêtus de la grâce du Sacerdoce ministériel. Le message de Mère Louise-Marguerite est actuel.

Il permet aux personnes laïques et religieuses touchées par cette révélation de vivre plus à fond de l’Amour Infini. Il permet aux prêtres, et donc aux évêques, de se renouveler dans la grâce du Sacerdoce par une nouvelle effusion d’Amour. Ce message n’est pas réservé aux prêtres irréprochables. Bien au contraire, il est pour le faible, le pauvre, le petit, qui bataille et qui n’arrive pas à s’en sortir tout seul. Se laisser aimer par le Christ est l’essentiel. Il suffit d’apporter au départ la mise de son humble consentement. Le Seigneur fera le reste. Dans la vie spirituelle, on peut se bloquer gravement en refusant de laisser le contrôle de notre vie au Seigneur. Mère Louise-Marguerite nous apprend, comme elle l’a appris elle-même, à nous décentrer de nous-mêmes et à nous recentrer sur le Seigneur.
Et dans la perspective de cette année eucharistique qui va très prochainement s’ouvrir pour le bien de toute l’Eglise, relisons deux beaux textes de la Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche.
« Le Christ est au prêtre. Il s’est volontairement donné à Lui. Par l’Eucharistie, au Saint Sacrifice, il devient la divine possession du prêtre. Tout Jésus, son esprit, sa doctrine, ses paroles, son âme très sainte, son cœur très aimant, son corps très pur, sa divinité appartiennent au prêtre, qui en peut disposer comme de son bien, de sa propriété particulière. Il le prend dans ses mains, il se désaltère de son sang, il se nourrit de sa chair et non seulement il vit de Jésus, mais il en fait vivre les autres ; non seulement il peut jouir de la possession de Jésus, mais il peut Le donner et en faire jouir d’autres âmes.
Le Christ est au prêtre ! Le prêtre aussi est au Christ, il faut qu’il y ait réciprocité. Et parce que le Christ tout entier s’est donné au prêtre, de même le prêtre tout entier doit-il être à Jésus. Tout entier, son esprit, son cœur, son corps, c’est-à-dire toute son intelligence et ses pensées, toutes ses affections et ses volontés, toutes ses œuvres, tous les moments de sa vie. Le Christ peut donc en disposer avec le même pouvoir que le prêtre dispose de Jésus.
Pour qu’il y ait égalité, il faut que le prêtre, dans la main de Jésus-Christ, soit tel que la blanche hostie dans les mains du prêtre. Et je voyais ce qu’il y a de profond, de divin dans cette union du Christ avec le prêtre et du prêtre avec le Christ ; ce n’est pas comme l’union du Verbe avec l’humanité en Jésus, mais c’est quelque chose pourtant de bien étroit et de bien intime. Le prêtre est aux âmes. Il est leur possession comme il est la possession du Christ. Il est à elles, il ne s’appartient donc plus lui-même ; il ne peut plus vivre pour lui ; il faut qu’il soit tout donné, tout consacré aux âmes… »


« Si nous avons la dévotion au Sacré-Cœur, nous voudrons le trouver pour l’adorer, l’aimer, lui offrir nos réparations et nos louanges ; et où le chercherons-nous, si ce n’est dans l’Eucharistie où il se trouve éternellement vivant ? Si nous aimons ce Cœur adorable, nous voudrons nous unir à Lui, car l’amour cherche l’union ; nous voudrons réchauffer notre cœur aux ardeurs de ce divin foyer.Mais pour atteindre ce Cœur sacré, pour le saisir, pour le mettre en contact avec le nôtre, que ferons-nous ? Escaladerons-nous le ciel pour ravir le Cœur de Jésus triomphant dans la gloire ? Non sans doute. Nous irons à l’Eucharistie, nous irons au Tabernacle, nous prendrons la blanche Hostie, et, lorsque nous l’aurons enfermée dans notre poitrine, nous sentirons le Cœur divin battre vraiment à côté du nôtre. La dévotion au divin Cœur amène infailliblement les âmes à l’Eucharistie, et la foi, la dévotion à l’Eucharistie fait nécessairement découvrir aux âmes les mystères de l’Amour infini dont le Cœur divin est l’organe et le symbole.
Si nous croyons à l’Eucharistie, nous croyons à l’amour ; c’est le mystère de l’amour. Mais l’amour est en lui-même immatériel et insaisissable. Pour fixer nos esprits et nos sens, nous cherchons une forme à l’amour, une manifestation sensible de l’amour : cette forme, cette manifestation sensible, c’est le divin Cœur. Le Sacré-Cœur, l’Eucharistie, l’Amour, une même chose ! Dans le Tabernacle, nous trouvons l’Hostie ; dans l’Hostie, Jésus ; en Jésus, son Cœur ; en son Cœur, l’Amour, l’Amour Infini, la Charité divine, Dieu, principe de vie, vivant et vivifiant. Mais plus encore : le miracle ineffable de l’Eucharistie ne se peut expliquer que par l’amour.
Par l’amour de Dieu, oui, mais par l’amour de Jésus, Dieu et homme. Or l’amour de Jésus, c’est l’amour de son Cœur : c’est son Cœur, pour tout résumer d’un mot. Donc, l’Eucharistie n’est expliquée que par le Sacré-Cœur. L’Eucharistie est le sublime complément de l’amour de Jésus pour l’homme. C’est la plus haute, la dernière expression, le paroxysme, si l’on peut s’exprimer ainsi, de cet incompréhensible amour.
Cependant, sans l’Eucharistie, nous aurions pu croire à l’amour : l’Incarnation nous eût suffi pour cela. Une seule goutte des amertumes de la Passion nous eût été plus que surabondante pur nous prouver cet amour.
Nous aurions pu aimer le Cœur de Jésus, nous aurions dû l’aimer, le croire souverainement bon, quand il n’en serait pas venu à ce divin excès de l’Eucharistie. Mais parce qu’il a inventé cette merveille, comment devons-nous aimer ce Cœur sacré, si divinement tendre, si inexprimablement délicat et libéral, et, oserons-nous le dire, si follement passionné par sa créature ? Oui, l’Eucharistie augmente, enflamme notre amour pour le divin Cœur. Mais, parce que nous savons que nous ne trouverons de Cœur sacré que dans l’Eucharistie ; parce que nous avons soif d’union avec ce Cœur si tendre et si ardent, nous allons à l’Eucharistie, nous nous prosternons devant le Saint-Sacrement, nos adorons l’Hostie rayonnante dans l’ostensoir, nous allons à la Table sainte avec une ardente avidité, nous baisons avec amour la patène consacrée où la divine Hostie repose chaque jour. Nous entourons d’honneur, de respect, de magnificence le Tabernacle où Jésus, vivant et aimant, fait sa demeure. »

Sans doute aurait-il fallu dire mieux et autrement la manière dont nous avons à nous laisser aimer par notre Dieu, « si follement passionné par sa créature ». La Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche est un tel témoin de cet Amour Infini qu’il était préférable de la laisser parler. Ce qui compte, c’est que nous puissions, qui que nous soyons, recevoir à notre tour cet Amour Infini.

1. Lettre de Bologne, du 15 octobre 1913. Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche, Lettres à Monseigneur Matteo Filipello, évêque d’Ivrea, Opera Omnia, n° 5, p. 145. Pour n’avoir pas à répéter constamment les références, qui sont toutes tirées des Opera Omnia, nous citerons désormais « O. O. » avec le numéro du volume, et la page correspondante.

2. « toute la cérémonie d’ailleurs s’est faite en italien, […] pour me donner l’occasion de faire la bonne pratique d’humilité de répondre à Monseigneur en plein choeur, et devant toute l’assemblée, en italien, avec mon petit accent parisien, dont il m’est impossible de me débarrasser. » La Torretta 30 janvier 1911, O. O. 4, p. 262

3. O. O. 9, p. 58

4. « Lundi nous sortions du parloir où nous venions de voir les 12 filles qui veulent apprendre le « Ricamo » et nous entendons Santina qui sur la porte de la cuisine criait à tue-tête, avec des exclamations de joie : « Il gatto ha preso un topo ! Il gatto ha preso un topo !! ». En effet Mademoiselle Minette, près du puits jouait éperdument avec un joli topo gris et beau comme du velours. Elle n’a rien trouvé de mieux que de le porter dans notre cabinet et après une heure de jeux elle l’a croqué à belles dents sans même nous laisser la queue pour souvenir. Vous jugez si le soir on lui a fait des ovations. Sœur Barbara l’a embrassée sur les deux joues ; Sœur Marguerite-Agnès après l’avoir bien caressée et lui avoir dit qu’elle était une gentille chatte lui a dit dans la plus haute période de sa joie : Je vais te donner la casserole de Phanor et tu y prendras tout ce qu’il y a de meilleur ! Tenez ne vient-elle pas de me sauter dessus pendant que j’écrivais. Vous reconnaissez sa jolie pattoune ! » O. O. 6, pp. 140-141
5. O. O. 4, p. 351
6. O. O. 4, p. 367
7. O. O. 1, pp. 27-28
8. O. O. 1, p. 42
9. O. O. 1, p. 37
10. Cf. Les très nombreuses mentions de résolutions dans son Journal spirituel.
11. O. O. 1, p. 88
12. « Aucun mouvement de ferveur ne me portait vers Dieu ; aucune de ces ardeurs sensibles, de ces désirs, excités par l’amour ne faisaient tressaillir mon âme. J’allais accomplir cet acte, l’un des plus grands de la vie, sérieusement, respectueusement, mais sans élan du cœur. La religion à la maison était ainsi. Mon beau-père était chrétien. Jamais, je ne vis un membre de la famille manquer la messe du dimanche ou l’abstinence du vendredi sans une maladie réelle ; tous s’approchaient des Sacrements quatre fois par an, sérieusement, pour remplir un devoir. Ma mère nous rappelait de temps en temps qu’il fallait autant que possible formuler un acte de contrition avant de s’endormir et dire un Ave Maria au matin ; elle faisait souvent célébrer le Saint Sacrifice pour mon père et nos parents défunts ; elle donnait de larges aumônes et nous excitait à la charité ; mais Dieu n’était pour nous qu’un Maître juste qu’il fallait servir strictement, respecter pour sa grandeur et sa puissance, et laisser dans les hauteurs infinies de son ciel au milieu de ses anges et de ses saints. » O. O. 1, p. 29
13. O. O. 1, p. 68
14. O. O. 1, p. 71
15. O. O. 1, pp. 26-27
16. O. O. 1, p. 74
17. O. O. 1, p. 122
18. O. O. 1, pp. 124-125
19. O. O. 1, p. 143
20. O. O. 1, pp. 144-145
21. O. O. 1, pp. 170-171
22. ibidem
23. O. O. 2, p. 75
24. O. O. 2, pp. 80-81
25. O. O. 9, p. 20
26. O. O. 1, pp. 152-155
27. 21 novembre 1895, O. O. 2, p. 82
28. 26 août 1912. – « Je vais écrire ma peine comme je la comprends, afin de pouvoir mieux l’expliquer. Mon éducation et mon caractère positif m’ont naturellement mise en garde contre le surnaturel et le mystique. Lorsqu’après ma Profession, j’ai commencé à recevoir des communications intimes de Notre-Seigneur, j’ai longtemps résisté et souffert de grands combats intérieurs. La clarté de l’action surnaturelle en moi et la direction du P. Charrier, m’ont fait sortir de cet état de lutte. L’abandon, l’obéissance et surtout la simplicité ont vaincu mes résistances.
Depuis que je suis Supérieure, j’ai été à même de voir de près beaucoup d’illusions dans certaines âmes, beaucoup de fausse mysticité, et surtout des états d’hystérie religieuse et d’exaltation maladive. Cela m’a déjà mise en garde contre beaucoup de soi-disant grâces intérieures et états surnaturels.
Puis, ce que j’ai vu dans le Père Charrier, en me faisant beaucoup de peine, a achevé de me faire douter de certaine communication intérieure et peu à peu, j’ai recommencé à résister aux mouvements, lumières et paroles intérieures que je recevais. Cela a rendu mon âme sèche, aride comme une terre sans eaux et puis je n’ai plus osé rien dire, ni rien écrire. J’ai craint d’être moi-même le jouet des mêmes illusions maladives que j’avais vues dans d’autres ; j’ai craint de tromper mon Evêque et tous ceux à qui je me communiquerais. Alors je me suis fermée de nouveau et n’ai rien écrit durant plus de dix mois.
A la retraite, il y a un mois, j’ai senti tomber mes résistances ; pendant dix jours, avec mon ancienne simplicité, j’ai reçu ce que Dieu me donnait ; j’en ai noté quelque chose et mon âme dans cette simplicité et paix s’est épanouie.
Mais un peu après la retraite, ma peine est revenue plus forte ; le Saint Office ayant refusé d’indulgencier les deux prières, j’en ai tiré la conclusion que j’avais dû écrire des choses hérétiques et que par conséquent tout ce que je pensais, sentais et recevais n’étaient que des effets de l’imagination. Alors, j’ai voulu tout repousser et mon âme a été déchirée, se sentant, d’une part pressée par la grâce et par l’Amour Infini et de l’autre comme glacée par une froide raison qui disait : « tout cela n’est rien qu’imagination et maladie ». Les paroles que le Père Poletti m’a dites lorsque je lui ai dit quelque chose de ma peine, ne m’ont pas fait le bien qu’elles auraient pu me faire, parce qu’après je me suis dit : « C’est peut-être, lui aussi, un exalté ».
J’ai confiance en Monseigneur parce que je le vois très prudent, très calme, lent à agir ; mais j’aurais besoin de lui ouvrir toute mon âme ; je voudrais qu’il en connût bien le fond et je ne peux pas. La timidité d’une part, le temps toujours court, la crainte d’abuser de sa bonté, la difficulté de bien m’expliquer en italien ; sa grande réserve qui l’empêche de me questionner, tout cela réuni ne m’a pas permis de m’ouvrir autant que j’en aurais eu le besoin. » Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche, le « Diario », Opera Omnia, n° 2, pp. 269-271

29. Il est intéressant de noter que le 13 mars de la même année, à 30 km environ au nord de Romans, naissait à Châteauneuf-de-Galaure Marthe Robin, la fondatrice des Foyers de Charité.
30. O. O. 2, pp. 125-126
31. O. O. 2, p. 159
32. Mazzè, le 19 février 1910 : « Voir Jésus content et L’entendre le dire, c’est plus qu’il n’en faut pour payer quarante ans de souffrances et vingt ans de martyre. » O. O. 2, p. 258
33. « Le prix que la souffrance de la créature acquiert lorsqu’elle est unie à la souffrance du Christ me fut montré ; je compris que, si la prière peut beaucoup sur le Cœur de Dieu, le sacrifice, la souffrance, unis au sacrifice, aux souffrances de Jésus, sont encore plus puissants ! Tout cela me fut montré en un instant… » Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche, Autobiographie, Opera Omnia, n° 1, p. 101
34. Le 12 août 1896, O. O. 2, p. 85
35. Revigliasco, le 5 octobre 1906, premier vendredi du mois, O. O. 2, pp. 239-240
36. La Torretta Mazzè Piemonte 19 avril 1909. – « Voilà 7 ans que peut-être, par ma faute, je retarde l’oeuvre du Coeur Sacré. Oui, c’est vrai, ce n’est pas votre faute à vous, mais n’est-ce pas la mienne ? Notre-Seigneur m’a donné il y a 2 ans la lourde croix de la Supériorité ; n’était-ce pas pour me donner plus de moyens d’agir ; plus de liberté pour faire son oeuvre ; plus de rapports avec le dehors pour accomplir ses désirs ? Et je n’ai rien fait !… Et je sens au fond de mon âme un reproche intime, profond et doux (car tout est doux en Jésus, même ses reproches), qui me dit : « Qu’as-tu fait pour manifester mon Amour Infini à mes prêtres ? » Et il faut que je réponde. Rien ! Cette nuit, mon Père, dans l’obscurité, aux pieds de Jésus, j’ai pleuré longtemps. » Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche, Lettres au Père Alfred Charrier s. j., Opera Omnia, n° 4, p. 184
37. « Ce n’est plus par les eaux d’un nouveau déluge que Dieu veut purifier et régénérer la terre, mais par le feu. Les esprits et les volontés se sont dévoyés ; le monde qui doit être purifié, c’est surtout celui des intelligences et des âmes ; c’est pourquoi le feu que Dieu veut employer est un feu tout spirituel. Il faut que l’Amour et la Miséricorde soient prêchés à toute créature, car le Cœur de Dieu a un immense désir de pardonner. » Vendredi saint 13 avril 1900, O. O. 2, pp. 106-107
38. « Je l’adorais doucement consolée de sa présence et, le priant pour notre petit noviciat, je lui demandais de me donner quelques âmes que je puisse former pour Lui. Alors Il me répondit : « Je te donnerai des âmes d’hommes ». Profondément étonnée de cette parole dont je ne comprenais pas le sens, je demeurais silencieuse cherchant à me l’expliquer. Et Jésus a repris : « Je te donnerai des âmes de prêtres ». Romans, le 6 juin 1902, O. O. 2, p. 128
39. Cathéchisme de l’Eglise Catholique, nn° 293 et 294 : Le monde a été créé pour la gloire de Dieu : C'est une vérité fondamentale que l'Ecriture et la Tradition ne cessent d'enseigner et de célébrer: "Le monde a été créé pour la gloire de Dieu" (Cc. Vatican I: DS 3025 ). Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, "non propter gloriam augendam, sed propter gloriam manifestandam et propter gloriam suam communicandam" (sent. 2,1, 2,2,1). Car Dieu n'a pas d'autre raison pour créer que son amour et sa bonté: "Aperta manu clave amoris creaturæ prodierunt" (S. Thomas d'A., sent. 2, prol.) Et le premier Concile du Vatican explique: Dans sa bonté et par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu'il accorde à ses créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle ( DS 3002 ). La gloire de Dieu c'est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous "des fils adoptifs par Jésus-Christ: tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté à la louange de gloire de sa grâce" ( Ep 1,5-6 ): "Car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu: si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu" (S. Irénée, hær. 4, 20,7). La fin ultime de la création, c'est que Dieu, "qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin 'tout en tous' (1Co 15,28 ), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude" ( AGD 2 ).
40. O. O. 2, pp. 58-60
41. O. O. 2, pp. 60-61
42. Ne pas résister à la grâce. Voici le commentaire savoureux qu’en donne Saint François (Traité de l’Amour de Dieu, Livre II, chapitre XII) : « Mais quand il est dit que nous pouvons rejeter l’inspiration céleste et les attraits divins, on n’entend pas certes qu’on puisse empêcher Dieu de nous inspirer, ni de jeter ses attraits en nos cœurs : car comme j’ai déjà dit, cela se fait en nous, et sans nous : ce sont des faveurs que Dieu nous fait, avant que nous y ayons pensé : il nous éveille lorsque nous dormons, et par conséquent nous nous trouvons éveillés avant qu’y avoir pensé ; mais il est en nous de nous lever, ou de ne nous lever pas ; et bien qu’il nous ait éveillés sans nous, il ne nous veut pas lever sans nous. Or, c’est résister au réveil, que de ne point se lever et se rendormir, puisqu’on ne nous réveille que pour nous faire lever. Nous ne pouvons pas empêcher que l’inspiration ne nous pousse, et par conséquent ne nous ébranle ; mais si, à mesure qu’elle nous pousse, nous la repoussons, pour ne point nous laisser aller à son mouvement, alors nous résistons. » Quant au fait de ne jamais se décourager, il me semble qu’il faut recourir à l’Introduction à la vie dévote (Troisième partie, chapitre 9 : de la douceur envers nous-mêmes) : « Relevez donc votre coeur quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n’est pas chose admirable que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. Détestez néanmoins de toutes vos forces l’offense que Dieu a reçue de vous, et avec un grand courage et confiance en la miséricorde d’icelui, remettez-vous au train de la vertu que vous aviez abandonnée. »
43. Mt 16, 24-25 : « Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. »
44. O. O. 2, p. 72
45. O. O. 2, p. 78
46. O. O. 8, pp. 60-61
47. 24 septembre 1906, O. O. 2, p. 238
48. O. O. 2, pp. 93-95
49. La Torretta, 12 novembre 1909, O. O. 6, pp. 68-69
50. Lettre au Père Alfred Charrier, Vische, le 21 mai 1914, O. O. 4, pp. 362-363
51. O. O. 2, p. 69
52. 23 février 1907. – « Je n’ai pas eu une minute depuis le mois dernier pour achever ce que j’avais commencé d’écrire. C’était une visite de notre Saint Fondateur, pleine de douceur et de réconfort, pour mon âme. Il m’en reste un parfum très suave et si je ne puis aujourd’hui écrire très exactement les paroles qu’il me fit entendre, je puis pourtant en marquer le sens. Notre Bienheureux Père me dit que nous avions été établies spécialement pour le service de l’Amour Infini, mais que nulle âme ne pouvait arriver à l’amour de Dieu si elle n’avait aussi une grande et vraie charité pour le prochain. Il me fit comprendre que les âmes ne s’élèvent que rarement à un degré supérieur d’amour envers Dieu parce qu’elles ne portent pas assez loin leur amour pour les autres ; qu’il ne suffit pas de les servir et d’avoir une charité suffisante, mais qu’il faut porter dans les sentiments intérieurs une très exquise délicatesse. Il y a dans beaucoup d’âmes des sentiments vindicatifs et des mauvaises volontés qui ne sont pas cultivées volontairement, mais qui ne sont pas assez combattus et qui, n’étant que péchés véniels, ne
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